ACTIONS CNARELA 1991-2002

 

                CONTRIBUTION  A LA REFLEXION SUR L’ETAT DES LANGUES ANCIENNES

 

                               Analyse historique des actions de la CNARELA de 1991 à 2002

 

 

 

Pour réagir  face aux rumeurs qu’on fait courir, et aux discours culpabilisants ("s’il n’y a plus d’élèves en L. A. , c’est que vous ne savez pas les intéresser …") , ou bien modernistes ("il faut accepter  les évolutions et les changements de mentalité" ), je voudrais contribuer à l’analyse des causes de la chute des effectifs en L.A. , au collège et au lycée . Je me fonderai sur les actions  auxquelles j’ai participé pendant plus de 10 ans au sein de la CNARELA, et comme membre du GDT Français-Langues Anciennes à partir de 1991 , chargé d’élaborer les Programmes  de L.A d’abord  au  lycée (sous la présidence de B .Combettes  ) puis au  Collège ( sous la présidence de A. Viala ).

J’associe ces 2 activités parce que les menaces qui ont pesé sur la survie des L.A dans l’enseignement secondaire et supérieur  nous ont engagés  à réfléchir sur les finalités de ces disciplines , sur leur place dans le cursus scolaire  ,  à redéfinir leurs contenus et leur pédagogie (c.f . le Manifeste de la CNARELA ) avant même que la question  ne soit posée au GTD   et par le Ministère .

 

 Remarques préliminaires

1)       Ces menaces  ne se limitent pas au système français, elles  touchent à des degrés divers  tous les pays européens , parce que les L.A entrent en concurrence avec des disciplines plus immédiatement « rentables » , les nouvelles technologies , et les Langues Vivantes nécessaires  à la communication dans un espace de plus en plus ouvert .

Sans remonter trop loin , il faut cependant  rappeler que dès septembre 1991 , lors du Colloque international  de Nîmes Antiquité et Image  , tous les enseignants de L.A. européens qui venaient de se fédérer  dans la structure d’Euroclassica ont constaté les restrictions qui touchaient ou menaçaient leurs disciplines .  En octobre 2001, lors du Colloque organisé à la Sorbonne , les intervenants Belges, Italiens, Allemands et  Anglais n’ont fait que   confirmer  une  dégradation   annoncée   10 ans plus tôt ,  et cela  malgré les efforts d’adaptation , de transformation fournis , qui se sont heurtés la plupart du temps à des plans de « rénovation » et de  restrictions budgétaires  traduisant des  choix politiques ou idéologiques .

 

2)   Dans le système scolaire français , la principale cause  de la fragilisation de l’enseignement des L.A. vient de son changement de statut : d'obligatoire ou  nécessaire  dans certaines filières, aussi bien au niveau secondaire qu’au niveau supérieur, il est devenu optionnel  en 1991  dans le cadre de la Réforme Jospin  , qui  dès son annonce, a été mise en route , sans jamais être légitimée par un vote au Parlement . (cf. notre campagne de pétitions ) C’est à partir de ce moment  qu’on a assisté à la première grande hémorragie en L.A (elles ont perdu  jusqu’à 50%  des effectifs au lycée )  . Outre leur délégitimation aux yeux des élèves et des parents , la déréglementation  de certaines sections  de L.A. au gré des DHG, des seuils fixés arbitrairement  par certains I.A.  ont  entraîné le risque de la discontinuité . Dans certaines académies on a pu constater l’anéantissement du réseau qui  existait  5 ou 3 ans auparavant encore , grâce au zèle de certains   I.A , IPR  et chefs d’établissement . Même lorsqu’on a « laissé émerger les demandes »,  comme le suggérait M. Dacunha-Castelle  en  1999 encore, celles-ci  étaient rapidement « traitées », et nous savons, combien le traitement des effectifs a fait l’objet de manipulations indignes , au gré des sensibilités ou des références culturelles  de ceux qui exerçaient le pouvoir de décision , supprimant du même coup la garantie d’une égalité d’accès à la formation générale, dans le cadre de l’école républicaine

 

3). Ces mesures se sont également  traduites  par une marginalisation sournoise mais efficace dans 2 secteurs : les CRDP et les IUFM

-Certaines personnes se sont étonnées récemment de ne pas trouver de traces de publications au sujet des L.A.  dans les CRDP . Faut-il rappeler qu’un certain nombre d’ARELAS ont débuté en collaborant étroitement avec les CRDP et les Musées archéologiques (Lyon, Rouen, Strasbourg ) et qu’on a longtemps  trouvé dans les vitrines des salles de vente des CRDP les  nombreuses publications locales et  nationales consacrées aux langues et aux civilisations antiques . Malheureusement, de même qu’on a  démantelé les  MAFPEN , dont les stages aboutissaient souvent à des publications collectives , on a « réorganisé » les CRDP, dans une perspective de rentabilisation  et on a resserré le champ des publications  sur ce qui était le terrain propice  à la marchandisation immédiate  du savoir . Certains directeurs de CRDP, enthousiasmés par les nouvelles technologies, sont allés jusqu’à supprimer  tous les documents sur support papier  au grand dam de leurs successeurs. Cette politique  était incompatible avec la diffusion des publications des associations membres de la CNARELA et explique  le vide partiellement laissé par l’éviction de nos publications . Cependant, la situation actuelle mérite d’être réexaminée et améliorée .

 -La place des L.A à l’IUFM  dans la formation  des professeurs de Lettres, et plus particulièrement de celle des professeurs de Lettres Classiques,  a été très disparate  selon les académies : elle dépendait trop souvent du bon vouloir  des responsables , des IPR et de la présence  entreprenante de formateurs .

Mais dans la plupart des cas, elle a été  réduite à la portion congrue d'1/2  journée par trimestre au mieux, réduction  que l’on a justifié  par des urgences pédagogiques circonstancielles (formation à la citoyenneté etc ) .La marginalisation de L.A. en IUFM,  que la CNARELA a déjà  dénoncée   souvent ,  est devenue si criante qu’elle  a  fait l’objet  du dernier point de la motion , votée à l’unanimité lors de d’A.G du 15 mai 2003 :    les associations  membres de la CNARELA) « demandent instamment que soit organisée dans les IUFM une formation disciplinaire en latin et en grec en liaison avec l’enseignement du français, ainsi qu’un plan de formation continue dans l’ensemble des académies »

 

 

Situation au COLLEGE

 

                Je voudrais examiner d’abord la situation  des L.A au Collège et  répondre  aux  déclarations  d'  Anne       Armand faites lors du Café pédagogique du  1° Février 2003 : « notre obligation de  réflexion  tient aux chiffres des effectifs : quand on perd plus de  60% des effectifs entre  la 5° et la 3° , c’est que l’enseignement  ne convient pas aux élèves, ne les intéresse pas , au profit d’autres qui les intéressent plus. Je ne crois pas qu’un élève d’aujourd’hui s’intéresse à des apprentissages purement linguistiques. D’un autre côté , je ne crois pas  non plus qu’on puisse  l’intéresser longtemps  avec des exposés sur des questions de civilisation »

 1 - Situation du Latin  -

     Quand   dans le cadre de la Réforme Bayrou  , (à laquelle ont activement contribué  X. Darcos, , son directeur de Cabinet , et A. Boissinot , Directeur de la DESCO ), le Collège a été découpé en 3  cycles ,  des Groupes de Travail  Disciplinaires  ont  élaboré  de nouveaux programmes , en tenant compte  des objectifs et des finalités de chacune des disciplines , de leur rapport à d’autres disciplines (nous avons bien travaillé   non seulement avec les spécialistes du Français mais aussi   avec les Historiens , en particulier  à propos  du programme de 6° ) et des contingents horaires . C’est ainsi que nous avons pu clarifier le statut du Latin en 5° qui donnait lieu auparavant à des heures d’initiation , plus ou moins fécondes , et proposer  dans le cadre de 2H hebdomadaires  une véritable initiation , alliant la découverte d’un système linguistique à  celle d’une civilisation patrimoniale , à laquelle les apprentissages en 6° , en français et en histoire avaient sensibilisé  les élèves . Ce n’était plus la décision (forcément élitiste ) des parents  mais l’intérêt des élèves qui était privilégié . Encore fallait-il que les contenus proposés en 5° ne déçoivent pas les jeunes élèves qui avaient fait le choix de cette option . et Anne Armand sait, parce qu’elle y a participé , avec quelles précautions le GTD L.A a proposé des apprentissages équilibrés et adaptés à ces jeunes débutants . Le projet élaboré par le GTD a été soumis  à la critique des  usagers dans une consultation  démocratique :les remarques et les corrections suggérées ont été  prises en compte   dans la rédaction définitive . 

C’est  selon la même méthode et  dans la même perspective qu’a  été élaborée la suite du programme de Latin  du  cycle central . Les propositions  présentées  dans ces nouveaux  programmes et  complétées par des documents d’accompagnement  ont donné lieu d’une part à des  journées de formation  qui furent le lieu de débats , de propositions et d’initiatives locales très fécondes  dans la plupart des académies et d’autre part à des publications (p. ex Textes simplifiés par l’ARELABOR )  et à de nouveaux manuels : tout ce foisonnement d’idées et de productions  démontrait que du côté des enseignants , nous  étions  prêts  à remettre en question les contenus et la pédagogie de  cette discipline  tombée en disgrâce (elle avait complètement disparu d’un projet de réforme du Collège de 1994) à laquelle on redonnait une chance   d’exister. A. Boissinot avait prédit à Montlignon en septembre  1996 « que les langues  n’existeraient  qu’en innovant »

 La réponse des enseignants  a été  convaincante .

     

 La réponse des élèves a été dans l’ensemble à la hauteur de l’offre ( dans la mesure où l’offre a été faite)  et après une année « expérimentale »,  les premières statistiques nationales  ont montré  que plus de 30%  des élèves de 5° avaient choisi l’option latin, ce qui prouve que c’est la volonté politique et non le choix des parents qui  conditionne succès ou la  mise à mort d’une discipline . La publication  au B.O de Mai 96  des textes cadrant cette implantation et l’injection de 10.000 heures pour permettre la réussite de cette implantation   ont accompagné les efforts de tous ( bien que ces heures aient   parfois  été détournées ).  La publication du B.O. du 30 janvier 1997 ,  définissant le contingent horaire pour le cycle central et le cycle d’orientation  en latin et en grec , a donné toute sa cohérence  et sa légitimité à cet enseignement . .

 Aujourd’hui encore , dans certaines académies , le latin se porte assez bien au collège , à ce niveau , bien que les structures de la Réforme Bayrou aient été supprimées et que tous les obstacles pour saboter le succès de cette mesure aient été imaginés.

Voici quelques faits  bien établis  qui expliquent le rétrécissement des effectifs de L.A. entre la 5° et la 3°; ils  sont   dus à l’Institution et non aux  enseignants   et à une pédagogie prétendument  inadaptée  ou à des contenus « ringards ».    

        -incompatibilité de ce choix d’option avec les classes « européennes » (certains chefs d’établissement n’ont pas hésité à faire irruption dans les cours de latin pour recruter les  futurs élèves de 4° pour les classes européennes :dans l’Académie de Strasbourg on a noté des chutes d’effectifs  de 50% entre la 5°et la 4° , sans vouloir analyser et reconnaître les causes du phénomène qui avaient été fabriquées par la maison-mère elle-même . Le Recteur Debenne m’en a donné acte  publiquement  en 1999). Mais l’Académie de Strasbourg n’a pas été la seule à connaître ces dysfonctionnements .

 

       -les cours de latin  étaient relégués   à des heures dissuasives (8° heure de cours , en fin d’après-midi  pour insister sur la surcharge de travail , ou au milieu d’une matinée de mercredi , pour  faire payer ) et   devenaient ingérables dans des collèges semi-ruraux ou ruraux  , à cause du ramassage scolaire .

 

       -l’interprétation ambiguë de certaines circulaires de la DESCO a permis   à des  élèves de quitter cette  option  , à la demande des parents et non des professeurs qui pouvaient effectivement constater dans certains cas l’échec ou les difficultés de tel ou tel élève : ce qui était de l’ordre de 2 à 3 cas minimum par classe devint vite un moyen pour certains de sanctionner un enseignement qui requérait  un peu de rigueur et de régularité dans les apprentissages .On est allé dans la démagogie jusqu’ à produire des certificats médicaux  pour protéger les pauvres petits !Ces mesures ont contribué à fragiliser  et à marginaliser nos disciplines : on  s’y inscrivait, on y faisait un petit tour et on s’en allait dès qu’on en avait envie !  et avec la bénédiction de l’administration et la complicité de certains collègues de L.V .

 

        -la réduction de la « pléthore » des sections  de latinistes  en 5°,  sur lesquelles reposaient tout le recrutement ultérieur , compte tenu  des défections  plus ou moins organisées ,a fait le reste . Dans certains collèges on a  constaté que 2 sections de 25 élèves se sont réduites l’année  suivante  en 1 section de 30 élèves (soient  en 20 élèves en moins ); qu’en fait  un  numerus clausus avait ainsi été instauré, à la suite de l’intervention de l’I.A. , et ceci malgré les propositions du Principal , du C.A du Collège et d’une équipe dynamique et motivée . Même  dans les établissements privés sous contrat , où le latin se portait encore  assez bien , on a enregistré une chute des effectifs significative et  telle  que les statistiques ont fait apparaître une inversion  du rapport public/privé , comme l’a relevé A. Henry  , IGEN , lors du Congrès de l’APLAES à Nancy en juin  2001 .  

 

         –la résistance restant trop forte et organisée (intervention des Profs de LA en 6°, rédaction d’argumentaires , intérêt manifeste des élèves fidélisés pour les nouveaux programmes et un enseignement rénové  et dynamisé dans ses contenus et  sa pédagogie –nous n’avons pas à avoir honte ) le ministère a   choisi  comme cible  pour sa flèche  du Parthe   l’évaluation des L.A au Brevet des Collèges.  Plus d’un quart des élèves  de 3° des Collèges  qui étudiaient depuis 3 ans  une langue et des civilisations  anciennes  ont appris , en cours de cursus , que par l’arrêté du 18 août  1999, le latin et le grec étaient les seules disciplines exclues du contrôle continu  du Brevet des Collèges, au mépris du travail qu’ils avaient  fourni  et de l’engagement de leurs professeurs . Les justifications embarrassées, les tergiversations et les oppositions évidentes au rétablissement de ce contrôle, ainsi que certaines promesses mensongères, produisirent largement leurs effets mortifères avant que ne soit  discrètement rétablie 18 mois après ,  une apparence d’évaluation : en effet ,  comment les faire figurer dans des formulaires préétablis , d’où elles ont été définitivement éliminées ?  De plus, l’onde de choc de cette mesure s’est prolongée dans le second cycle, puisqu’elle a décrédibilisé le choix d’une option L.A. en 2° , en même temps d’ailleurs que l’on supprimait la possibilité de présenter 2 options facultatives au Baccalauréat .

 Comment  ne pas s’étonner qu’après ce travail de sape, sournois et officiel , accompagné d’annonces  de fermetures ou de maintien conditionnel   de sections de latin selon des  seuils de plus en plus exigeants , et  dans le cadre restructuré de « bassins » mal définis , on puisse encore enregistrer au Collège  472829 élèves  en 2002/2003 en latin , + 17797   en Grec, soit 22,5%  (le latin est en légère baisse depuis 1999, le grec est en hausse ) ?.

  N.B.  Nous apprenons en dernière minute que certains chefs d’établissement , après avoir réduit l’horaire des L.A.  à 2h  en 4° et 3° ,  assimilent cet enseignement aux IDD, réalisant ainsi  les craintes exprimées par certains d’entre nous (ARDELAC)  de voir pervertie dans la pratique une initiative qui devait être favorable , aux yeux de J. Lang , à la revalorisation des L.A . C’est  aussi l’éternel  débat sur les cours de civilisation,  et la non –reconnaissance de la spécificité de notre enseignement .

 

2-Situation du  Grec

                L’introduction du Grec au collège au niveau de la 3°  a été l’objet de nombreuses  concertations :

elle s’opposait à la suppression pure et simple du grec au Collège ; après un  débat intense à la CNARELA  à l’A.G de mai 1995 ) nous avons fait le pari que le  maintien du grec en 3°  permettait d’assurer  son maintien en 2°  et dans le second cycle ( aujourd’hui encore son élimination progressive du cursus scolaire remet  par contrecoup en question la formation des enseignants de Lettres classiques, le contenu des concours de recrutement  et marginalise cette discipline à l’Université ). Nous avons d’ailleurs réussi à persuader nos collègues du Supérieur et de l’APLAES   de l’intérêt  du combat commun à mener  pour le grec, et nous avons toujours maintenu ce cap , avec  la soutien de J. de Romilly, de  J.P. Vernant  et de tous les hellénistes qui en avaient saisi l’enjeu , à l’Inspection Générale  (J.P. Weil,  A. Henry )  et à l’Université .

 Lors de la journée de Concertation organisée  par le Ministère , à Limoges, le 1° avril 1998 , ce consensus à propos du gre , fortement exprimé  grâce à  la présidence de J.P. Vernant a impressionné , même les observateurs diligentés par Allègre et Mérieu  et a réussi à ébranler leurs a priori . Il est regrettable de constater que les responsables actuels  du ministère , tous pétris de latin et de grec, soient les premiers à vouloir remettre en question la place du grec . Serait-ce parce que cette langue est celle de la démarche heuristique , du  débat critique , et de la maïeutique que l’on se heurte à un tel rejet ?

 

Quoi qu’il en soit , cette implantation du grec en 3° , figurant officiellement  au B.O du 30  janvier 97 , et reprécisée  au B.O du 6 mars 97 ,  pour lequel nous avons  reçu  officiellement commande , au GTD , d’établir un programme et des Documents d’accompagnements  a été arrachée de haute lutte ( les courriers échangés et les interventions auprès du cabinet du ministre  l’attestent ) et tous les moyens ont été bons, y compris au sein du GTD lui-même  pour tuer nos efforts . Il y eut même une tentative du  ministre  C. Allègre   en novembre 98, pour  faire passer le grec à la trappe , sous prétexte qu’il n’y avait plus de bons hellénistes pour l’enseigner .

.Dans les établissements , les propositions d’implantation furent nombreuses   (j’en avais fait le recensement grâce à la collaboration de nombreuses ARELAS  et j’en avais même transmis la liste à  la DESCO à D. Raulin )   A la rentrée 1998, on a noté une augmentation des effectifs  en grec de 60 à 70% .  Mais on y mit rapidement le  hola , à coups de seuils si exigeants  et disproportionnés (20,  pour un collège  semi-rural  de 450 élèves !)  que certains I.A (eux-mêmes agrégés de L. Classiques ) ont pu assurer à des principaux de bonne volonté  que la question du grec n’était dorénavant plus à l’ordre du jour . Opération réussie dans l’Académie de Strasbourg où  sur les 1I sections qui existaient  en 98/99 (10 dans le Bas-Rhin) il n’en subsiste que5 (1 dans le Haut-Rhin, 4 dans le Bas-Rhin ) avec des refus non justifiés d'ouverture ou de réouverture . Néanmoins, dans certaines académies , où les efforts des enseignants sont respectés et soutenus par les IPR (Seine Saint-Denis , ou Bordeaux  ou Besançon ) les effectifs prouvent que le grec suscite toujours le même intérêt , puisque  sur les 2% d’Hellénistes de 3°  , 1,1% le poursuivent en 2°, et que les statistiques montrent une augmentation régulière des pourcentages d’hellénistes . 

 
  Au LYCEE

 

Si on observe cette période de 10 ans , de 1991 à 2002 il faut rappeler d’abord qu’elle s’ouvre  sur un immense « gâchis » (pour reprendre le terme de B.Poirot Delpech dénonçant dans un article paru dans Le Monde en décembre 91 les risques  que cette réforme faisaient peser sur les Humanités ) pour tout l’enseignement littéraire, tel qu’il était conçu dans ce projet de « Rénovation du Lycée »

Les grandes lignes de ce projet furent présentées lors d’une conférence de presse  de L..Jospin , (alors ministre de l’Education Nationale ) le 25 Juin 1991, veille des vacances ( !), mais le texte officiel  ne parut que 7 mois après , au B.O du 23 janvier 92 . Alors que les demandes d’audience et d’explication de la CNARELA restaient  désespérément sans réponse , et que les syndicats  évaluaient  les dégâts engendrés  par certaines mesures, des Missi Dominici , du Cabinet de Jospin , diffusaient dans les Rectorats  les interprétations officielles, anticipées, donc abusives  qui plombaient en particulier l’avenir des L.A et tout choix possible .Ainsi a-t-on vu  à ce moment-là des I.A zélés  se réjouir de « l’éradication prochaine des L.A. »tandis que A. Legrand regrettait de sacrifier « ce supplément d’âme »(les Humanités ) au  nom du PIB de la France  de 1991 ! Ainsi a t-on vu les brochures de l’ONISEP confirmer la marginalisation programmée des L.A  , dès janvier 92 , en reléguant nos disciplines à l’avant dernier rang des options (après le chinois mais avant l’hébreu , pour le réserver à de futurs philosophes .

D’ailleurs  nos craintes se sont avérées : le jeu des options limitées à 2 (LV2 + IES ), et l’accès interdit aux LA pour les filières scientifique et économique   ont fait perdre en 2 ans  plus de 60.000 élèves  en latin et grec , et parmi eux les meilleurs des sections scientifiques. Une circulaire de cadrage des options, qui  n’avait pas à être publiée au B.O   a encore aggravé  le pouvoir de nuisance et d’éradication des L.A  par le jeu des options, puisqu’elle réduisait l’accès  aux options à plus de la moitié des élèves, en prônant « zéro option » pour plus de 50% d’entre eux. Les protestations nombreuses et publiques d’intellectuels (C. Hagège , B. Poirot Delpech ) et de politiques (même Mitterrand ),  de syndicats d’enseignants ,  des campagnes de pétitions  ont provoqué  des promesses d’amendement  par .exemple celle d’une filière littéraire revalorisée, sans définition précise. Cependant, répondant à la commande du CNP , et  appuyées  par  B. Combettes , président du GTD , nous avons rédigé , Odile Mortier-Waldschmidt et moi un programme de L.A pour le lycée, nous fondant sur un travail collectif de la C.NARELA ; nous  l’ avons soumis à F. Colmez en mars 1992 .  Ce programme  n’a jamais vu le jour !

Des aménagements  apportés par J. Lang , successeur de Jospin  démissionné en  avril 92,  ont permis de desserrer  momentanément le carcan : une circulaire aux recteurs , signée par Forestier, rétablissait la 3° option L.A. pour les  scientifiques  et la prenait en compte au  Baccalauréat .

 

Mais je persiste à dire aujourd’hui que  sans l’arrivée d’un nouveau ministre , F. Bayrou ,  l’enseignement des L.A. aurait disparu , à tous les niveaux , d’autant plus que les projets  de Rénovation et d’éradication  des L.A visaient aussi les Classes préparatoires, et les DEUG  littéraires .

Malgré cette embellie , et même si certains aménagements furent apportées  en particulier pour le passage en 2° ,  à savoir la  prise en compte d’une  option L.A.  dans les  filières scientifique et économique , et la modification du discours de l’ONISEP et des CIO, le mal était fait  et nous avons porté nos efforts sur  les adaptations  nécessaires à cette nouvelle donne. La CNARELA a  surtout contribué à la revalorisation  des compétences  en L.A. , en contribuant  à l’élaboration de nouvelles épreuves au Baccalauréat  : redéfinition de l’épreuve écrite  reposant sur le choix d’œuvres mises au programme en latin et en grec pour  assurer l’égalité de la formation  et de l’évaluation ,  redéfinition aussi de l’épreuve orale . Accréditée par d’honnêtes coefficients  à l’examen, cette nouvelle formule des épreuves de L.A. au Bac a redynamisé notre enseignement et les statistiques ont montré que dès la 2° année de fonctionnement , le nombre de candidats qui était tombé  à 4 ou 5 dans certaines académies , a été multiplié par 10 . et parfois plus encore.  De plus, la moyenne nationale des notes s’est considérablement élevée (14 en latin , 12,5 en grec ) , résultat d’un travail suivi  des élèves et des enseignants.     Les statistiques de l’Académie de Besançon des années 96 et 97 montrent la floraison des candidats , en section littéraire à l’écrit,  en section scientifique à l’oral .  Même si des aménagements ont été nécessaires par la suite, à l’usage , même si des dérives de bachotages ont été regrettables, il n’en reste pas moins vrai que ce chantier aussi  a montré que lorsque la volonté  politique  permet l’existence de cet enseignement des L.A. :

 non seulement il ne s’effondre pas, mais il s’affirme par sa qualité et les effectifs qu’il rassemble .

 

Malheureusement  l’embellie  s’est achevée en juin 97  avec l’arrivée de Claude Allègre,  conseiller occulte de Jospin de 89 à 92   au Ministère de l’E.N .

Le même scénario qu’en 1991 a été rejoué , avec plus de brutalité , même si certaines consultations avaient une apparence démocratique. On a vu  réapparaître les mêmes attaques  idéologiques : L.A =enseignement élitiste , bourgeois , des disciplines ennuyeuses,  coûteuses , pour des effectifs restreints , au détriment des élèves en difficulté, laissés pour compte , sans parler des attaques plus générales d’incompétence  ou de manque de performance (cf .la réaction de Dacunha-Castelle le 16 décembre 97, prétendant que les hellénistes issus du secondaire étaient nuls , selon les dires des universitaires qui les accueillaient ).  A celles-ci se sont ajoutées toutes les attaques de type institutionnel : réduction  à 1 option   à l’entrée en 2° sous prétexte de dégager les moyens d ‘assurer un    soutien   à une minorité en difficulté; c’était en fait une redéfinition d’un tronc commun minimal , alors que les lycéens consultés d’abord par écrit et manifestant ensuite dans la rue, réclamaient le maintien des options . En resserrant l’horaire global  à 27h et demie, avec la complicité des parents abusés, on a encore réduit toute place possible  pour des disciplines déjà largement marginalisées. Enfin, la suppression  de la 3° option au Bac, celle qui avait été rétablie  par J. Lang en 1993 figura au  B.O.  du 16  /10 /97 (i.e. , en cours d’année), de façon à passer pratiquement inaperçue (au milieu des dates de vacances scolaires ) fut annoncée par des chefs d’établissement vigilants ou zélés. Elle eut pour conséquence  immédiate  de vider les sections de L.A. en Terminale ,  car elle touchait plus particulièrement les élèves  issus des  filières scientifiques et économiques   qui étaient loin d’être des dilettantes comme on l’a prétendu . Cette mesure compromettait en même temps la poursuite de l’étude de ces disciplines dès la 2° .

 En tous cas , avant même que la nouvelle réforme  ne fût mise en place,  on  avait pris les mesures nécessaires , pour étrangler nos disciplines , à l’entrée, en 2° , en jouant sur le volant des option, et à la sortie, au moment de la valorisation par l’évaluation finale. Nos protestations écrites  et les pétitions des élèves  n’ont jamais eu un début de réponse . 

.               Enfin  la consultation des Lycéens sur la diffusion des savoirs , les Tables rondes disciplinaires (celle des L.A. eut lieu à Limoges le 1° avril 1998 ) aboutirent au grand Colloque de Saint- Fons d’où devait sortir La Charte de la Réforme des Lycées  et dont les conclusions furent de mauvaise augure (l’oubli  d’évoquer les L.A ne fut  «  réparé »  qu’après mon intervention ;elles ne furent  mentionnées  qu’au détour d ‘une allusion aux options envisageables dans le Projet ministériel  daté du 1 juillet 1998 : l’Enseignement dans les Lycées .

- Le  point 5  de ce .Projet, préludant à La Charte,  limitait   à 2H une seule option en    (bien que « le lycée soit le cycle de la diversification »)

- d’autre part ,au point 6 dans le cadre des enseignements littéraires « qui devront s’appuyer sur la culture de base qui constitue  le fondement de notre héritage européen », aucune mention  n’était faite de nos disciplines .

 

-Madame Pauliat, IPRIA à Limoges  avait établi le rapport de la Table Ronde de Limoges, consacrée aux L.A. ,au cours de laquelle avaient été énoncés les principes d’un enseignement humaniste  auquel participaient le Grec et le Latin. Nous avions transmis , J.P. Vernant et la CNARELA,   ce rapport  fin juin  au cabinet du Ministre , à Madame Catherine Bizot ,qui participait à la rencontre de Sienne (pour renforcer notre audience , nous l’avions également transmis à André Vauchez, directeur de l’Ecole Française à Rome  et membre de la délégation française ).  Or, nous avons retrouvé des phrases entières de ce rapport dans le texte de la déclaration de Sienne , contresignée le 2 juillet  1998  par les ministres français et italien . Malheureusement les commentaires bien informés du Monde  , sur les restrictions d’interprétation aussitôt apportées par C.Allègre furent confirmées par la suite , lors de l’ entrevue  que l’un des conseillers (M. Oriano)   accorda  à la CNARELA,  à l’APLAES  et S.E.L. Il fut incapable d’apporter des précisions sur les intentions du Ministre , dans la mise en application de principes publiquement et internationalement affirmés, et de dire quelles initiatives étaient prises « destinées à poursuivre et encourager l’enseignement  et l’apprentissage des disciplines qui maintiennent en vie l’héritage  de notre tradition «  après avoir réaffirmé les valeurs communes qui leur viennent de l'Antiquité  grecque et latine » . Il justifia  cependant la réduction  à 2h l’unique option tolérée en 2nde, avança qu’on pouvait envisager l’éventualité d’une option artistique  à l’agrégation de Lettres et concéda qu’on pouvait envisager une place  aux L.A dans une filière Littéraire , mais que rien n’était décidé , en dépit des promesses réitérées aux parlementaires   plaidant auprès du ministre la cause des L.A. 

 

 La  rentrée  98 , avec son flot de suppression de postes en Lettres Classiques, de fermetures de sections  , de mesures qui anticipaient la réforme annoncée (réduction  « assassine » de la DHG en Lettres Supérieures qui affecte nos disciplines , réduction de postes aux concours  ) comme cela avait déjà été fait en 91  préludait à des tensions de plus en plus grandes (cf. toutes les motions que nous avons élaborées à l’AG d’octobre 98, toutes les démarches que nous avons faites auprès des politiques, lettres aux députés et sénateurs qui recevaient presque toujours les mêmes réponses , mais qui ont fini par exaspérer  le ministre régulièrement interpellé , au point que Jospin lui-même a dû intervenir pour faire taire la grogne parlementaire , même dans les rangs de la majorité socialiste .) Avant même que ne soit publiée la Charte (elle devait être soumise au C.S.E  le 18 Février1999, mais son report au 4 mars montrait bien les réticences de la majorité  des membres du CSE, ), on pouvait craindre le pire, à partir de fuites organisées dans la Presse .  Dans un article  qui ne fut publié   que   le 20 février  1999, dans Le Monde  par J de Romilly et J.P. Vernant , intitulé « Contre la mort programmée des  études classiques », les deux hellénistes dénonçaient la  désinformation et les tentatives de dissuasion   «  depuis  un an, les menaces de réforme ne cessent d’être annoncées  sous formes de vraies nouvelles  ou de fausses nouvelles, jamais démenties  et ne comportant aucune mise au point ….depuis un an  ces rumeurs se multiplient dans les diverses académies  et il est difficile de les attribuer  simplement au hasard « dans le même article ils affirmaient aussi « Il est faux de dire  que la demande est insuffisante : la vérité est que l’on paralyse  cette demande en multipliant  les obstacles de toute sorte . « 

 

Avec la publication   des grilles horaires des classes de Seconde, de Premiere et  de Terminale pour l’année transitoire 1999 et l’année 2000 , commença un nouveau marathon , entre le cabinet d’Allègre , avec Dacunha –Castel ,  Mme Lang, chargée du dossier  L.A d’une part  et la CNARELA   solidement appuyée par  l’APLAES d’autre part.  La  modification du statut de la LV2, tantôt considérée comme  enseignement de détermination  en 2° , tantôt option facultative en Terminale , (où seule une option était validée au Bac ) en particulier dans la filière S , créait  une  rupture et dissuadait les élèves de choisir une option L.A. en 2° .Nous avions obtenu satisfaction pour la filière littéraire classique  en Première et Terminale, qui conciliait options, de latin et de grec,  mais cette  filière  n’était viable qu’à condition que l’accès à ces disciplines fût possible dès la 2nde. .  Nous avons  accueilli le projet avec scepticisme , en considérant d’une part que la réforme dans son ensemble   représentait   un véritable danger  et un affaiblissement  programmé de l’enseignement français (réductions horaires , appauvrissement de la formation , incohérences et bricolages de dernière minute) d’autre part parce qu’on  étranglait au même moment , dans les Hypokhâgnes et Khâgnes, débouchés naturels d’une filière littéraire ,  l’enseignement des L.A. .Enfin nous dénoncions le fait  qu’avant même le vote de la Charte, les circulaires rectorales,régissant l’ouverture , la fermeture ou le maintien  des options étaient parvenues  dans les établissements , avec des DHG réduites. Et comme en 1991, on a assisté, par anticipation, dans une guerre préventive, au démantèlement  de sections  qui avaient survécu ou qui s’étaient reconstituées,  selon le critère des seuils mortifères, donc des effectifs probablement insuffisants ,mais qu’on n' a jamais laissé « émerger », comme le suggérait Dacunha-Castel lui-même à cette époque, et au nom d’une redistribution par « bassins » dont la définition  a fluctué selon  les besoins les interlocuteurs .(Dans l’académie de Nantes , pourtant très active  et efficace dans l’enseignement des L.A. , on a vu , grâce au zèle de la rectrice , la suppression d’une vingtaine de sections   dans les lycées  , en grec surtout , mais aussi en latin , que ce soit à Nantes même  ou dans des lycées semi-ruraux ).

Les derniers mois des ministères Allègre/Royal se passèrent dans un climat très tendu , désespéran , où les interlocuteurs se dérobaient, refusaient de justifier leurs  promesses non tenues , ramenant toutes les difficultés à maintenir vivantes nos disciplines à l’élitisme, à notre incapacité d’ intéresser les élèves, voire à la nature intrinsèquement désuète de nos disciplines (cf. la dernière entrevue  de la CNARELA avec Mme Lang , le  24 février 2000. Cahier de la CNARELAn° 44 , Mars 2000)

 

        Le retour de Jack Lang  au ministère de l’E.N  après le renvoi du « dream_team »  en avril  2000  a été un remake de 93 :venu pour apaiser la grogne des enseignants , il  a néanmoins , dès son installation  ,  évoqué la place légitime de l’enseignement des L.A.   dans le cursus scolaire français , en se plaçant sur un plan politique  et  respectant les promesses faites à J. de Romilly et J.P. Vernant contactés dès son entrée en fonction . Mais  après les déclarations de principe , sont venues les vacances et à la rentrée 2000-2001 , les dégâts programmés par le ministre précédent se sont simplement confirmés , même si certaines fermetures ont été reconsidérées. En effet, une circulaire  ministérielle  recommandait une certaine souplesse et la reconsidération de l’enseignement des L.A. Mais elle  n’a pas été  généralement appliquée . Dès cette rentrée  2000, on a commencé à déplorer la réduction du nombre de Classes de Première L et l’effondrement  prévisible de cette filière littéraire tant promise , en même temps que se dessinait une forte contestation  au sujet des nouvelles épreuves de français  au Baccalauréat  et de la mise en place des TPE . 

Il a fallu attendre le printemps 2001, pour que des contacts soient repris . :en octobre  2001 , J. Lang a  organisé avec l’appui du Président de l’APLAES, J. Jouanna,, le Colloque de la Sorbonne, puis  l’I.Générale, avec le soutien de  H. Wissmann a organisé le Séminaire des LA. de Janvier 2002 . Même si ces deux manifestations ont remis  les L.A à l’ordre du jour  et ont  témoigné de l’intérêt réel du ministre pour ces disciplines, et toutes les productions auxquelles elles donnèrentlieu (La CNARELA  fut très active et très présente lors de ces 2 manifestations ), même si  la qualité  des savoirs   transmis y fut  reconnue,  les conditions de survie  de cet enseignement  et en particulier  la situation dans les lycées ne  se sont guère améliorées : la marginalisation des L.A. est bien ancrée dans certains esprits (celui de certains I.A qui  annoncent la fin prochaine du grec )   et plus gravement dans celui des élèves qui ne trouvent plus la garantie de la continuité et de la  valorisation de leurs efforts dans un choix constamment remis en question .( p.ex : dans le rapport Belloubet qui s’interroge sur le devenir de la filière littéraire,  et la place des L.A.dans un nouveau schéma  )  Il n’y a pas eu de volonté politique de remettre en question  ce qui avait été si laborieusement établi dans la cadre de la Réforme des Lycées; les 2 ans de ministère Lang, moins agressifs ont permis de rester en roue libre  avec une régulière dégradation de la filière littéraire et de l’enseignement du Latin, malgré quelques aménagements : la rédaction d’une plaquette, destinée à être distribuée en 3° , au moment de l’orientation , pour encourager les élèves à garder une option L.A  dans le second cycle , est sortie avec quelque retard et sa diffusion fut pour le moins inégale si ce n’est clandestine )

                Avec le changement de gouvernement  en mai 2002, nous avons  de nouveau changé   de référents , même si certains interlocuteurs comme ceux de l’I.G.EN ou de la DESCO restent les mêmes. Le flou  fut  entretenu par M. Nembrini , désigné par M. Darcos pour être notre interlocuteur  et les premières réponses précises que nous avons reçues à propos du sort et de l’évolution de nos disciplines furent données par le courrier de A. Armand IGEN  à  MH. Menaut , à la veille des journées d’octobre à Aix puis lors de l’entrevue du mos de novembre . Entre-temps , nous avons pu constater que la valorisation des TPE au  Bac. venait à nouveau porter un coup bas aux options ,par le jeu injuste des coefficients et de la durée d’investissement.  Alertée par la CNARELA des dégâts que provoquait cette valorisation ,  A. Armand  s’est ravisée et n’a pas apprécié la motion que la CNARELA avait élaborée à ce sujet lors des journées d’Octobre à Aix. On sait  cependant combien cette mesure a encore réduit le nombre de candidats de L.A au Bac, non seulement dans les sections scientifiques  mais dans ce qui restait de littéraires . En même temps, le secret et l’incertitude qui entourent les concours de recrutement, en particulier  le Capes  de Lettres classiques, le maintien de l’enseignement du grec  et les modifications de programmes aux concours des grandes écoles  nous font craindre une nouvelle attaque , évidemment justifiée par le ministère  par la crise économique et par la baisse des effectifs.

    

 

Les statistiques  et l’évolution des effectifs , tels qu’ils nous ont été communiqués par le ministère apportent des preuves supplémentaires à ma démonstration  que cette baisse est fabriquée et programmée par l’institution .         

1) en mars 1998, pour mon exposé sur la situation des L.A.  Table Ronde de Limoges ,j’avais signalé (et                   cela fut repris dans le C.R officiel de Mme Pauliat , )

        à la rentrée 1997 , il y avait 600.00 latinistes en Lycée et  Collège        et 40.000 hellénistes  .

        à la rentrée  1999, il reste 584.506  latinistes                                          et 27.577 hellénistes .

        à la rentrée 2002 , il ne reste plus que 535. 243  latinistes          mais        30516 hellénistes .

      

 Il faut noter  que le pourcentage des latinistes en collège est  4 fois plus élevé (472.829)  que celui du        lycée(62.414)  alors qu’en grec , les effectifs  tendraient à se renforcer (17794/12722)

 

En collège, les effectifs se maintiennent en latin avec 20% de élèves étudiant le latin; le grec connaît même une progression depuis 2001: passant de 2% à la rentrée 2000 à 2,3% à la rentrée 2003 et à plus de 2,4% à la rentrée 2002 ( + 1229 élèves).

 

En lycée, la situation est plus précaire , puisqu' entre 1999 et la rentrée 2003, les latinistes ont chuté de 6,4% à moins de 5,8%  ( -4306 à la rentrée 2002); les hellénistes se maintiennent à 1, 1 %( + 1000 à la rentrée 2002).

 

 

2) Ceci prouve bien que les mesures prises à l’occasion de la Réforme Allègre , avant même qu’elle ne soit officielle ont été assez dévastatrices pour que l’effet soit encore sensible  jusqu’en 2002 . Réseau démantelé , marginalisation effective , dans les esprits et dans les structures . . 

 

3) Cependant , nous ne nous sommes pas laissé assassiner complètement , et nos combats opiniâtres pour      des disciplines que nous voulons transmettre  valent la peine d’être menés .

                Par ailleurs  il faut noter le remontée du grec , ce qui prouve que malgré  toutes les entraves , les      hellénistes  font de vrais choix  et ne sont pas vraiment des dilettantes , y compris et surtout  dans les filières scientifiques , comme on le voit dans les statistiques affinées .

      En effet ,  pour ne prendre que les chiffres de 2002,  , il y a en 1° L 5225 latinistes , et 1456 hellénistes , alors qu’en première S , il reste 10.980 latinistes et 2053 hellénistes (avec une perte de  13.000 latinistes entre la Seconde et la Première  et une perte de 2500 hellénistes dans le même temps ) ce qui à mon sens montre bien le dépérissement annoncé  et organisé de la filière  L  et son manque d’attractivité  et de spécificité , d’autant plus que le phénomène déjà amorcé en Terminale , n’est pas encore aussi marqué   qu’en première. Cet effondrement n’est-il vraiment dû qu’au manque d’intérêt que suscite l’enseignement des L.A. ? 

 

Pour conclure mon exposé  critique , fondé sur la mémoire et l’action de la CNARELA ,  je voudrais citer un extrait de l’article que M. Casevitz avait envoyé au Monde , en juillet 1998, à la suite de l’article de M Delberghe , commentant la rencontre de Sienne et dénonçant le raisonnement sophistique du ministère. Cet article ne fut jamais publié .

 « Les mauvais médecins  tuent le malade  , dont la mort prouve que la maladie était mortelle . On épargne juste quelques  malades dont la survie  prouve la pureté des intentions du médecin qui a essayé des remèdes. En vérité, la volonté de Diafoirus , en l’occurrence , est de décréter la mort du Grec ; le décret une fois appliqué (c’est-à-dire une fois qu’il aura été démontré  qu’il n’y a plus de place  dans l’enseignement pour le grec) on créera quelques emplacements réservés (des réserves pour Indiens , des espaces pour Romanichels ) réservés à l’étude des Langues devenues enfin mortes, à l’élevage  et à la culture de quelques fossiles, monuments de la culture gréco-latine. L’héritage sera sous verrière aseptique . et la société pourra( enfin !) se développer sans être entravée  par le boulet des humanités ».

 

 

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