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ACTIONS CNARELA 1991-2002
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CONTRIBUTION A LA REFLEXION SUR L’ETAT DES LANGUES ANCIENNES
Analyse historique des actions de la CNARELA de 1991 à 2002
Pour réagir face aux rumeurs qu’on fait courir, et aux discours culpabilisants ("s’il n’y a plus d’élèves en L. A. , c’est que vous ne savez pas les intéresser …") , ou bien modernistes ("il faut accepter les évolutions et les changements de mentalité" ), je voudrais contribuer à l’analyse des causes de la chute des effectifs en L.A. , au collège et au lycée . Je me fonderai sur les actions auxquelles j’ai participé pendant plus de 10 ans au sein de la CNARELA, et comme membre du GDT Français-Langues Anciennes à partir de 1991 , chargé d’élaborer les Programmes de L.A d’abord au lycée (sous la présidence de B .Combettes ) puis au Collège ( sous la présidence de A. Viala ).
J’associe ces 2 activités parce que les menaces qui ont pesé sur la survie des L.A dans l’enseignement secondaire et supérieur nous ont engagés à réfléchir sur les finalités de ces disciplines , sur leur place dans le cursus scolaire , à redéfinir leurs contenus et leur pédagogie (c.f . le Manifeste de la CNARELA ) avant même que la question ne soit posée au GTD et par le Ministère .
Remarques préliminaires
1) Ces menaces ne se limitent pas au système français, elles touchent à des degrés divers tous les pays européens , parce que les L.A entrent en concurrence avec des disciplines plus immédiatement « rentables » , les nouvelles technologies , et les Langues Vivantes nécessaires à la communication dans un espace de plus en plus ouvert .
Sans remonter trop loin , il faut cependant rappeler que dès septembre 1991 , lors du Colloque international de Nîmes Antiquité et Image , tous les enseignants de L.A. européens qui venaient de se fédérer dans la structure d’Euroclassica ont constaté les restrictions qui touchaient ou menaçaient leurs disciplines . En octobre 2001, lors du Colloque organisé à la Sorbonne , les intervenants Belges, Italiens, Allemands et Anglais n’ont fait que confirmer une dégradation annoncée 10 ans plus tôt , et cela malgré les efforts d’adaptation , de transformation fournis , qui se sont heurtés la plupart du temps à des plans de « rénovation » et de restrictions budgétaires traduisant des choix politiques ou idéologiques .
2) Dans le système scolaire français , la principale cause de la fragilisation de l’enseignement des L.A. vient de son changement de statut : d'obligatoire ou nécessaire dans certaines filières, aussi bien au niveau secondaire qu’au niveau supérieur, il est devenu optionnel en 1991 dans le cadre de la Réforme Jospin , qui dès son annonce, a été mise en route , sans jamais être légitimée par un vote au Parlement . (cf. notre campagne de pétitions ) C’est à partir de ce moment qu’on a assisté à la première grande hémorragie en L.A (elles ont perdu jusqu’à 50% des effectifs au lycée ) . Outre leur délégitimation aux yeux des élèves et des parents , la déréglementation de certaines sections de L.A. au gré des DHG, des seuils fixés arbitrairement par certains I.A. ont entraîné le risque de la discontinuité . Dans certaines académies on a pu constater l’anéantissement du réseau qui existait 5 ou 3 ans auparavant encore , grâce au zèle de certains I.A , IPR et chefs d’établissement . Même lorsqu’on a « laissé émerger les demandes », comme le suggérait M. Dacunha-Castelle en 1999 encore, celles-ci étaient rapidement « traitées », et nous savons, combien le traitement des effectifs a fait l’objet de manipulations indignes , au gré des sensibilités ou des références culturelles de ceux qui exerçaient le pouvoir de décision , supprimant du même coup la garantie d’une égalité d’accès à la formation générale, dans le cadre de l’école républicaine
3). Ces mesures se sont également traduites par une marginalisation sournoise mais efficace dans 2 secteurs : les CRDP et les IUFM
-Certaines personnes se sont étonnées récemment de ne pas trouver de traces de publications au sujet des L.A. dans les CRDP . Faut-il rappeler qu’un certain nombre d’ARELAS ont débuté en collaborant étroitement avec les CRDP et les Musées archéologiques (Lyon, Rouen, Strasbourg ) et qu’on a longtemps trouvé dans les vitrines des salles de vente des CRDP les nombreuses publications locales et nationales consacrées aux langues et aux civilisations antiques . Malheureusement, de même qu’on a démantelé les MAFPEN , dont les stages aboutissaient souvent à des publications collectives , on a « réorganisé » les CRDP, dans une perspective de rentabilisation et on a resserré le champ des publications sur ce qui était le terrain propice à la marchandisation immédiate du savoir . Certains directeurs de CRDP, enthousiasmés par les nouvelles technologies, sont allés jusqu’à supprimer tous les documents sur support papier au grand dam de leurs successeurs. Cette politique était incompatible avec la diffusion des publications des associations membres de la CNARELA et explique le vide partiellement laissé par l’éviction de nos publications . Cependant, la situation actuelle mérite d’être réexaminée et améliorée .
-La place des L.A à l’IUFM dans la formation des professeurs de Lettres, et plus particulièrement de celle des professeurs de Lettres Classiques, a été très disparate selon les académies : elle dépendait trop souvent du bon vouloir des responsables , des IPR et de la présence entreprenante de formateurs .
Mais dans la plupart des cas, elle a été réduite à la portion congrue d'1/2 journée par trimestre au mieux, réduction que l’on a justifié par des urgences pédagogiques circonstancielles (formation à la citoyenneté etc ) .La marginalisation de L.A. en IUFM, que la CNARELA a déjà dénoncée souvent , est devenue si criante qu’elle a fait l’objet du dernier point de la motion , votée à l’unanimité lors de d’A.G du 15 mai 2003 : les associations membres de la CNARELA) « demandent instamment que soit organisée dans les IUFM une formation disciplinaire en latin et en grec en liaison avec l’enseignement du français, ainsi qu’un plan de formation continue dans l’ensemble des académies »
Situation au COLLEGE
Je voudrais examiner d’abord la situation des L.A au Collège et répondre aux déclarations d' Anne Armand faites lors du Café pédagogique du 1° Février 2003 : « notre obligation de réflexion tient aux chiffres des effectifs : quand on perd plus de 60% des effectifs entre la 5° et la 3° , c’est que l’enseignement ne convient pas aux élèves, ne les intéresse pas , au profit d’autres qui les intéressent plus. Je ne crois pas qu’un élève d’aujourd’hui s’intéresse à des apprentissages purement linguistiques. D’un autre côté , je ne crois pas non plus qu’on puisse l’intéresser longtemps avec des exposés sur des questions de civilisation »
1 - Situation du Latin -
Quand dans le cadre de la Réforme Bayrou , (à laquelle ont activement contribué X. Darcos, , son directeur de Cabinet , et A. Boissinot , Directeur de la DESCO ), le Collège a été découpé en 3 cycles , des Groupes de Travail Disciplinaires ont élaboré de nouveaux programmes , en tenant compte des objectifs et des finalités de chacune des disciplines , de leur rapport à d’autres disciplines (nous avons bien travaillé non seulement avec les spécialistes du Français mais aussi avec les Historiens , en particulier à propos du programme de 6° ) et des contingents horaires . C’est ainsi que nous avons pu clarifier le statut du Latin en 5° qui donnait lieu auparavant à des heures d’initiation , plus ou moins fécondes , et proposer dans le cadre de 2H hebdomadaires une véritable initiation , alliant la découverte d’un système linguistique à celle d’une civilisation patrimoniale , à laquelle les apprentissages en 6° , en français et en histoire avaient sensibilisé les élèves . Ce n’était plus la décision (forcément élitiste ) des parents mais l’intérêt des élèves qui était privilégié . Encore fallait-il que les contenus proposés en 5° ne déçoivent pas les jeunes élèves qui avaient fait le choix de cette option . et Anne Armand sait, parce qu’elle y a participé , avec quelles précautions le GTD L.A a proposé des apprentissages équilibrés et adaptés à ces jeunes débutants . Le projet élaboré par le GTD a été soumis à la critique des usagers dans une consultation démocratique :les remarques et les corrections suggérées ont été prises en compte dans la rédaction définitive .
C’est selon la même méthode et dans la même perspective qu’a été élaborée la suite du programme de Latin du cycle central . Les propositions présentées dans ces nouveaux programmes et complétées par des documents d’accompagnement ont donné lieu d’une part à des journées de formation qui furent le lieu de débats , de propositions et d’initiatives locales très fécondes dans la plupart des académies et d’autre part à des publications (p. ex Textes simplifiés par l’ARELABOR ) et à de nouveaux manuels : tout ce foisonnement d’idées et de productions démontrait que du côté des enseignants , nous étions prêts à remettre en question les contenus et la pédagogie de cette discipline tombée en disgrâce (elle avait complètement disparu d’un projet de réforme du Collège de 1994) à laquelle on redonnait une chance d’exister. A. Boissinot avait prédit à Montlignon en septembre 1996 « que les langues n’existeraient qu’en innovant »
La réponse des enseignants a été convaincante .
La réponse des élèves a été dans l’ensemble à la hauteur de l’offre ( dans la mesure où l’offre a été faite) et après une année « expérimentale », les premières statistiques nationales ont montré que plus de 30% des élèves de 5° avaient choisi l’option latin, ce qui prouve que c’est la volonté politique et non le choix des parents qui conditionne succès ou la mise à mort d’une discipline . La publication au B.O de Mai 96 des textes cadrant cette implantation et l’injection de 10.000 heures pour permettre la réussite de cette implantation ont accompagné les efforts de tous ( bien que ces heures aient parfois été détournées ). La publication du B.O. du 30 janvier 1997 , définissant le contingent horaire pour le cycle central et le cycle d’orientation en latin et en grec , a donné toute sa cohérence et sa légitimité à cet enseignement . .
Aujourd’hui encore , dans certaines académies , le latin se porte assez bien au collège , à ce niveau , bien que les structures de la Réforme Bayrou aient été supprimées et que tous les obstacles pour saboter le succès de cette mesure aient été imaginés.
Voici quelques faits bien établis qui expliquent le rétrécissement des effectifs de L.A. entre la 5° et la 3°; ils sont dus à l’Institution et non aux enseignants et à une pédagogie prétendument inadaptée ou à des contenus « ringards ».
-incompatibilité de ce choix d’option avec les classes « européennes » (certains chefs d’établissement n’ont pas hésité à faire irruption dans les cours de latin pour recruter les futurs élèves de 4° pour les classes européennes :dans l’Académie de Strasbourg on a noté des chutes d’effectifs de 50% entre la 5°et la 4° , sans vouloir analyser et reconnaître les causes du phénomène qui avaient été fabriquées par la maison-mère elle-même . Le Recteur Debenne m’en a donné acte publiquement en 1999). Mais l’Académie de Strasbourg n’a pas été la seule à connaître ces dysfonctionnements .
-les cours de latin étaient relégués à des heures dissuasives (8° heure de cours , en fin d’après-midi pour insister sur la surcharge de travail , ou au milieu d’une matinée de mercredi , pour faire payer ) et devenaient ingérables dans des collèges semi-ruraux ou ruraux , à cause du ramassage scolaire .
-l’interprétation ambiguë de certaines circulaires de la DESCO a permis à des élèves de quitter cette option , à la demande des parents et non des professeurs qui pouvaient effectivement constater dans certains cas l’échec ou les difficultés de tel ou tel élève : ce qui était de l’ordre de 2 à 3 cas minimum par classe devint vite un moyen pour certains de sanctionner un enseignement qui requérait un peu de rigueur et de régularité dans les apprentissages .On est allé dans la démagogie jusqu’ à produire des certificats médicaux pour protéger les pauvres petits !Ces mesures ont contribué à fragiliser et à marginaliser nos disciplines : on s’y inscrivait, on y faisait un petit tour et on s’en allait dès qu’on en avait envie ! et avec la bénédiction de l’administration et la complicité de certains collègues de L.V .
-la réduction de la « pléthore » des sections de latinistes en 5°, sur lesquelles reposaient tout le recrutement ultérieur , compte tenu des défections plus ou moins organisées ,a fait le reste . Dans certains collèges on a constaté que 2 sections de 25 élèves se sont réduites l’année suivante en 1 section de 30 élèves (soient en 20 élèves en moins ); qu’en fait un numerus clausus avait ainsi été instauré, à la suite de l’intervention de l’I.A. , et ceci malgré les propositions du Principal , du C.A du Collège et d’une équipe dynamique et motivée . Même dans les établissements privés sous contrat , où le latin se portait encore assez bien , on a enregistré une chute des effectifs significative et telle que les statistiques ont fait apparaître une inversion du rapport public/privé , comme l’a relevé A. Henry , IGEN , lors du Congrès de l’APLAES à Nancy en juin 2001 .
–la résistance restant trop forte et organisée (intervention des Profs de LA en 6°, rédaction d’argumentaires , intérêt manifeste des élèves fidélisés pour les nouveaux programmes et un enseignement rénové et dynamisé dans ses contenus et sa pédagogie –nous n’avons pas à avoir honte ) le ministère a choisi comme cible pour sa flèche du Parthe l’évaluation des L.A au Brevet des Collèges. Plus d’un quart des élèves de 3° des Collèges qui étudiaient depuis 3 ans une langue et des civilisations anciennes ont appris , en cours de cursus , que par l’arrêté du 18 août 1999, le latin et le grec étaient les seules disciplines exclues du contrôle continu du Brevet des Collèges, au mépris du travail qu’ils avaient fourni et de l’engagement de leurs professeurs . Les justifications embarrassées, les tergiversations et les oppositions évidentes au rétablissement de ce contrôle, ainsi que certaines promesses mensongères, produisirent largement leurs effets mortifères avant que ne soit discrètement rétablie 18 mois après , une apparence d’évaluation : en effet , comment les faire figurer dans des formulaires préétablis , d’où elles ont été définitivement éliminées ? De plus, l’onde de choc de cette mesure s’est prolongée dans le second cycle, puisqu’elle a décrédibilisé le choix d’une option L.A. en 2° , en même temps d’ailleurs que l’on supprimait la possibilité de présenter 2 options facultatives au Baccalauréat .
Comment ne pas s’étonner qu’après ce travail de sape, sournois et officiel , accompagné d’annonces de fermetures ou de maintien conditionnel de sections de latin selon des seuils de plus en plus exigeants , et dans le cadre restructuré de « bassins » mal définis , on puisse encore enregistrer au Collège 472829 élèves en 2002/2003 en latin , + 17797 en Grec, soit 22,5% (le latin est en légère baisse depuis 1999, le grec est en hausse ) ?.
N.B. Nous apprenons en dernière minute que certains chefs d’établissement , après avoir réduit l’horaire des L.A. à 2h en 4° et 3° , assimilent cet enseignement aux IDD, réalisant ainsi les craintes exprimées par certains d’entre nous (ARDELAC) de voir pervertie dans la pratique une initiative qui devait être favorable , aux yeux de J. Lang , à la revalorisation des L.A . C’est aussi l’éternel débat sur les cours de civilisation, et la non –reconnaissance de la spécificité de notre enseignement .
2-Situation du Grec
L’introduction du Grec au collège au niveau de la 3° a été l’objet de nombreuses concertations :
elle s’opposait à la suppression pure et simple du grec au Collège ; après un débat intense à la CNARELA à l’A.G de mai 1995 ) nous avons fait le pari que le maintien du grec en 3° permettait d’assurer son maintien en 2° et dans le second cycle ( aujourd’hui encore son élimination progressive du cursus scolaire remet par contrecoup en question la formation des enseignants de Lettres classiques, le contenu des concours de recrutement et marginalise cette discipline à l’Université ). Nous avons d’ailleurs réussi à persuader nos collègues du Supérieur et de l’APLAES de l’intérêt du combat commun à mener pour le grec, et nous avons toujours maintenu ce cap , avec la soutien de J. de Romilly, de J.P. Vernant et de tous les hellénistes qui en avaient saisi l’enjeu , à l’Inspection Générale (J.P. Weil, A. Henry ) et à l’Université .
Lors de la journée de Concertation organisée par le Ministère , à Limoges, le 1° avril 1998 , ce consensus à propos du gre , fortement exprimé grâce à la présidence de J.P. Vernant a impressionné , même les observateurs diligentés par Allègre et Mérieu et a réussi à ébranler leurs a priori . Il est regrettable de constater que les responsables actuels du ministère , tous pétris de latin et de grec, soient les premiers à vouloir remettre en question la place du grec . Serait-ce parce que cette langue est celle de la démarche heuristique , du débat critique , et de la maïeutique que l’on se heurte à un tel rejet ?
Quoi qu’il en soit , cette implantation du grec en 3° , figurant officiellement au B.O du 30 janvier 97 , et reprécisée au B.O du 6 mars 97 , pour lequel nous avons reçu officiellement commande , au GTD , d’établir un programme et des Documents d’accompagnements a été arrachée de haute lutte ( les courriers échangés et les interventions auprès du cabinet du ministre l’attestent ) et tous les moyens ont été bons, y compris au sein du GTD lui-même pour tuer nos efforts . Il y eut même une tentative du ministre C. Allègre en novembre 98, pour faire passer le grec à la trappe , sous prétexte qu’il n’y avait plus de bons hellénistes pour l’enseigner .
.Dans les établissements , les propositions d’implantation furent nombreuses (j’en avais fait le recensement grâce à la collaboration de nombreuses ARELAS et j’en avais même transmis la liste à la DESCO à D. Raulin ) A la rentrée 1998, on a noté une augmentation des effectifs en grec de 60 à 70% . Mais on y mit rapidement le hola , à coups de seuils si exigeants et disproportionnés (20, pour un collège semi-rural de 450 élèves !) que certains I.A (eux-mêmes agrégés de L. Classiques ) ont pu assurer à des principaux de bonne volonté que la question du grec n’était dorénavant plus à l’ordre du jour . Opération réussie dans l’Académie de Strasbourg où sur les 1I sections qui existaient en 98/99 (10 dans le Bas-Rhin) il n’en subsiste que5 (1 dans le Haut-Rhin, 4 dans le Bas-Rhin ) avec des refus non justifiés d'ouverture ou de réouverture . Néanmoins, dans certaines académies , où les efforts des enseignants sont respectés et soutenus par les IPR (Seine Saint-Denis , ou Bordeaux ou Besançon ) les effectifs prouvent que le grec suscite toujours le même intérêt , puisque sur les 2% d’Hellénistes de 3° , 1,1% le poursuivent en 2°, et que les statistiques montrent une augmentation régulière des pourcentages d’hellénistes .
Au LYCEE
Si on observe cette période de 10 ans , de 1991 à 2002 il faut rappeler d’abord qu’elle s’ouvre sur un immense « gâchis » (pour reprendre le terme de B.Poirot Delpech dénonçant dans un article paru dans Le Monde en décembre 91 les risques que cette réforme faisaient peser sur les Humanités ) pour tout l’enseignement littéraire, tel qu’il était conçu dans ce projet de « Rénovation du Lycée »
Les grandes lignes de ce projet furent présentées lors d’une conférence de presse de L..Jospin , (alors ministre de l’Education Nationale ) le 25 Juin 1991, veille des vacances ( !), mais le texte officiel ne parut que 7 mois après , au B.O du 23 janvier 92 . Alors que les demandes d’audience et d’explication de la CNARELA restaient désespérément sans réponse , et que les syndicats évaluaient les dégâts engendrés par certaines mesures, des Missi Dominici , du Cabinet de Jospin , diffusaient dans les Rectorats les interprétations officielles, anticipées, donc abusives qui plombaient en particulier l’avenir des L.A et tout choix possible .Ainsi a-t-on vu à ce moment-là des I.A zélés se réjouir de « l’éradication prochaine des L.A. »tandis que A. Legrand regrettait de sacrifier « ce supplément d’âme »(les Humanités ) au nom du PIB de la France de 1991 ! Ainsi a t-on vu les brochures de l’ONISEP confirmer la marginalisation programmée des L.A , dès janvier 92 , en reléguant nos disciplines à l’avant dernier rang des options (après le chinois mais avant l’hébreu , pour le réserver à de futurs philosophes .
D’ailleurs nos craintes se sont avérées : le jeu des options limitées à 2 (LV2 + IES ), et l’accès interdit aux LA pour les filières scientifique et économique ont fait perdre en 2 ans plus de 60.000 élèves en latin et grec , et parmi eux les meilleurs des sections scientifiques. Une circulaire de cadrage des options, qui n’avait pas à être publiée au B.O a encore aggravé le pouvoir de nuisance et d’éradication des L.A par le jeu des options, puisqu’elle réduisait l’accès aux options à plus de la moitié des élèves, en prônant « zéro option » pour plus de 50% d’entre eux. Les protestations nombreuses et publiques d’intellectuels (C. Hagège , B. Poirot Delpech ) et de politiques (même Mitterrand ), de syndicats d’enseignants , des campagnes de pétitions ont provoqué des promesses d’amendement par .exemple celle d’une filière littéraire revalorisée, sans définition précise. Cependant, répondant à la commande du CNP , et appuyées par B. Combettes , président du GTD , nous avons rédigé , Odile Mortier-Waldschmidt et moi un programme de L.A pour le lycée, nous fondant sur un travail collectif de la C.NARELA ; nous l’ avons soumis à F. Colmez en mars 1992 . Ce programme n’a jamais vu le jour !
Des aménagements apportés par J. Lang , successeur de Jospin démissionné en avril 92, ont permis de desserrer momentanément le carcan : une circulaire aux recteurs , signée par Forestier, rétablissait la 3° option L.A. pour les scientifiques et la prenait en compte au Baccalauréat .
Mais je persiste à dire aujourd’hui que sans l’arrivée d’un nouveau ministre , F. Bayrou , l’enseignement des L.A. aurait disparu , à tous les niveaux , d’autant plus que les projets de Rénovation et d’éradication des L.A visaient aussi les Classes préparatoires, et les DEUG littéraires .
Malgré cette embellie , et même si certains aménagements furent apportées en particulier pour le passage en 2° , à savoir la prise en compte d’une option L.A. dans les filières scientifique et économique , et la modification du discours de l’ONISEP et des CIO, le mal était fait et nous avons porté nos efforts sur les adaptations nécessaires à cette nouvelle donne. La CNARELA a surtout contribué à la revalorisation des compétences en L.A. , en contribuant à l’élaboration de nouvelles épreuves au Baccalauréat : redéfinition de l’épreuve écrite reposant sur le choix d’œuvres mises au programme en latin et en grec pour assurer l’égalité de la formation et de l’évaluation , redéfinition aussi de l’épreuve orale . Accréditée par d’honnêtes coefficients à l’examen, cette nouvelle formule des épreuves de L.A. au Bac a redynamisé notre enseignement et les statistiques ont montré que dès la 2° année de fonctionnement , le nombre de candidats qui était tombé à 4 ou 5 dans certaines académies , a été multiplié par 10 . et parfois plus encore. De plus, la moyenne nationale des notes s’est considérablement élevée (14 en latin , 12,5 en grec ) , résultat d’un travail suivi des élèves et des enseignants. Les statistiques de l’Académie de Besançon des années 96 et 97 montrent la floraison des candidats , en section littéraire à l’écrit, en section scientifique à l’oral . Même si des aménagements ont été nécessaires par la suite, à l’usage , même si des dérives de bachotages ont été regrettables, il n’en reste pas moins vrai que ce chantier aussi a montré que lorsque la volonté politique permet l’existence de cet enseignement des L.A. :
non seulement il ne s’effondre pas, mais il s’affirme par sa qualité et les effectifs qu’il rassemble .
Malheureusement l’embellie s’est achevée en juin 97 avec l’arrivée de Claude Allègre, conseiller occulte de Jospin de 89 à 92 au Ministère de l’E.N .
Le même scénario qu’en 1991 a été rejoué , avec plus de brutalité , même si certaines consultations avaient une apparence démocratique. On a vu réapparaître les mêmes attaques idéologiques : L.A =enseignement élitiste , bourgeois , des disciplines ennuyeuses, coûteuses , pour des effectifs restreints , au détriment des élèves en difficulté, laissés pour compte , sans parler des attaques plus générales d’incompétence ou de manque de performance (cf .la réaction de Dacunha-Castelle le 16 décembre 97, prétendant que les hellénistes issus du secondaire étaient nuls , selon les dires des universitaires qui les accueillaient ). A celles-ci se sont ajoutées toutes les attaques de type institutionnel : réduction à 1 option à l’entrée en 2° sous prétexte de dégager les moyens d ‘assurer un soutien à une minorité en difficulté; c’était en fait une redéfinition d’un tronc commun minimal , alors que les lycéens consultés d’abord par écrit et manifestant ensuite dans la rue, réclamaient le maintien des options . En resserrant l’horaire global à 27h et demie, avec la complicité des parents abusés, on a encore réduit toute place possible pour des disciplines déjà largement marginalisées. Enfin, la suppression de la 3° option au Bac, celle qui avait été rétablie par J. Lang en 1993 figura au B.O. du 16 /10 /97 (i.e. , en cours d’année), de façon à passer pratiquement inaperçue (au milieu des dates de vacances scolaires ) fut annoncée par des chefs d’établissement vigilants ou zélés. Elle eut pour conséquence immédiate de vider les sections de L.A. en Terminale , car elle touchait plus particulièrement les élèves issus des filières scientifiques et économiques qui étaient loin d’être des dilettantes comme on l’a prétendu . Cette mesure compromettait en même temps la poursuite de l’étude de ces disciplines dès la 2° .
En tous cas , avant même que la nouvelle réforme ne fût mise en place, on avait pris les mesures nécessaires , pour étrangler nos disciplines , à l’entrée, en 2° , en jouant sur le volant des option, et à la sortie, au moment de la valorisation par l’évaluation finale. Nos protestations écrites et les pétitions des élèves n’ont jamais eu un début de réponse .
. Enfin la consultation des Lycéens sur la diffusion des savoirs , les Tables rondes disciplinaires (celle des L.A. eut lieu à Limoges le 1° avril 1998 ) aboutirent au grand Colloque de Saint- Fons d’où devait sortir La Charte de la Réforme des Lycées et dont les conclusions furent de mauvaise augure (l’oubli d’évoquer les L.A ne fut « réparé » qu’après mon intervention ;elles ne furent mentionnées qu’au détour d ‘une allusion aux options envisageables dans le Projet ministériel daté du 1 juillet 1998 : l’Enseignement dans les Lycées .
- Le point 5 de ce .Projet, préludant à La Charte, limitait à 2H une seule option en 2° (bien que « le lycée soit le cycle de la diversification »)
- d’autre part ,au point 6 dans le cadre des enseignements littéraires « qui devront s’appuyer sur la culture de base qui constitue le fondement de notre héritage européen », aucune mention n’était faite de nos disciplines .
-Madame Pauliat, IPRIA à Limoges avait établi le rapport de la Table Ronde de Limoges, consacrée aux L.A. ,au cours de laquelle avaient été énoncés les principes d’un enseignement humaniste auquel participaient le Grec et le Latin. Nous avions transmis , J.P. Vernant et la CNARELA, ce rapport fin juin au cabinet du Ministre , à Madame Catherine Bizot ,qui participait à la rencontre de Sienne (pour renforcer notre audience , nous l’avions également transmis à André Vauchez, directeur de l’Ecole Française à Rome et membre de la délégation française ). Or, nous avons retrouvé des phrases entières de ce rapport dans le texte de la déclaration de Sienne , contresignée le 2 juillet 1998 par les ministres français et italien . Malheureusement les commentaires bien informés du Monde , sur les restrictions d’interprétation aussitôt apportées par C.Allègre furent confirmées par la suite , lors de l’ entrevue que l’un des conseillers (M. Oriano) accorda à la CNARELA, à l’APLAES et S.E.L. Il fut incapable d’apporter des précisions sur les intentions du Ministre , dans la mise en application de principes publiquement et internationalement affirmés, et de dire quelles initiatives étaient prises « destinées à poursuivre et encourager l’enseignement et l’apprentissage des disciplines qui maintiennent en vie l’héritage de notre tradition « après avoir réaffirmé les valeurs communes qui leur viennent de l'Antiquité grecque et latine » . Il justifia cependant la réduction à 2h l’unique option tolérée en 2nde, avança qu’on pouvait envisager l’éventualité d’une option artistique à l’agrégation de Lettres et concéda qu’on pouvait envisager une place aux L.A dans une filière Littéraire , mais que rien n’était décidé , en dépit des promesses réitérées aux parlementaires plaidant auprès du ministre la cause des L.A.
La rentrée 98 , avec son flot de suppression de postes en Lettres Classiques, de fermetures de sections , de mesures qui anticipaient la réforme annoncée (réduction « assassine » de la DHG en Lettres Supérieures qui affecte nos disciplines , réduction de postes aux concours ) comme cela avait déjà été fait en 91 préludait à des tensions de plus en plus grandes (cf. toutes les motions que nous avons élaborées à l’AG d’octobre 98, toutes les démarches que nous avons faites auprès des politiques, lettres aux députés et sénateurs qui recevaient presque toujours les mêmes réponses , mais qui ont fini par exaspérer le ministre régulièrement interpellé , au point que Jospin lui-même a dû intervenir pour faire taire la grogne parlementaire , même dans les rangs de la majorité socialiste .) Avant même que ne soit publiée la Charte (elle devait être soumise au C.S.E le 18 Février1999, mais son report au 4 mars montrait bien les réticences de la majorité des membres du CSE, ), on pouvait craindre le pire, à partir de fuites organisées dans la Presse . Dans un article qui ne fut publié que le 20 février 1999, dans Le Monde par J de Romilly et J.P. Vernant , intitulé « Contre la mort programmée des études classiques », les deux hellénistes dénonçaient la désinformation et les tentatives de dissuasion « depuis un an, les menaces de réforme ne cessent d’être annoncées sous formes de vraies nouvelles ou de fausses nouvelles, jamais démenties et ne comportant aucune mise au point ….depuis un an ces rumeurs se multiplient dans les diverses académies et il est difficile de les attribuer simplement au hasard « dans le même article ils affirmaient aussi « Il est faux de dire que la demande est insuffisante : la vérité est que l’on paralyse cette demande en multipliant les obstacles de toute sorte . «
Avec la publication des grilles horaires des classes de Seconde, de Premiere et de Terminale pour l’année transitoire 1999 et l’année 2000 , commença un nouveau marathon , entre le cabinet d’Allègre , avec Dacunha –Castel , Mme Lang, chargée du dossier L.A d’une part et la CNARELA solidement appuyée par l’APLAES d’autre part. La modification du statut de la LV2, tantôt considérée comme enseignement de détermination en 2° , tantôt option facultative en Terminale , (où seule une option était validée au Bac ) en particulier dans la filière S , créait une rupture et dissuadait les élèves de choisir une option L.A. en 2° .Nous avions obtenu satisfaction pour la filière littéraire classique en Première et Terminale, qui conciliait options, de latin et de grec, mais cette filière n’était viable qu’à condition que l’accès à ces disciplines fût possible dès la 2nde. . Nous avons accueilli le projet avec scepticisme , en considérant d’une part que la réforme dans son ensemble représentait un véritable danger et un affaiblissement programmé de l’enseignement français (réductions horaires , appauvrissement de la formation , incohérences et bricolages de dernière minute) d’autre part parce qu’on étranglait au même moment , dans les Hypokhâgnes et Khâgnes, débouchés naturels d’une filière littéraire , l’enseignement des L.A. .Enfin nous dénoncions le fait qu’avant même le vote de la Charte, les circulaires rectorales,régissant l’ouverture , la fermeture ou le maintien des options étaient parvenues dans les établissements , avec des DHG réduites. Et comme en 1991, on a assisté, par anticipation, dans une guerre préventive, au démantèlement de sections qui avaient survécu ou qui s’étaient reconstituées, selon le critère des seuils mortifères, donc des effectifs probablement insuffisants ,mais qu’on n' a jamais laissé « émerger », comme le suggérait Dacunha-Castel lui-même à cette époque, et au nom d’une redistribution par « bassins » dont la définition a fluctué selon les besoins les interlocuteurs .(Dans l’académie de Nantes , pourtant très active et efficace dans l’enseignement des L.A. , on a vu , grâce au zèle de la rectrice , la suppression d’une vingtaine de sections dans les lycées , en grec surtout , mais aussi en latin , que ce soit à Nantes même ou dans des lycées semi-ruraux ).
Les derniers mois des ministères Allègre/Royal se passèrent dans un climat très tendu , désespéran , où les interlocuteurs se dérobaient, refusaient de justifier leurs promesses non tenues , ramenant toutes les difficultés à maintenir vivantes nos disciplines à l’élitisme, à notre incapacité d’ intéresser les élèves, voire à la nature intrinsèquement désuète de nos disciplines (cf. la dernière entrevue de la CNARELA avec Mme Lang , le 24 février 2000. Cahier de la CNARELAn° 44 , Mars 2000)
Le retour de Jack Lang au ministère de l’E.N après le renvoi du « dream_team » en avril 2000 a été un remake de 93 :venu pour apaiser la grogne des enseignants , il a néanmoins , dès son installation , évoqué la place légitime de l’enseignement des L.A. dans le cursus scolaire français , en se plaçant sur un plan politique et respectant les promesses faites à J. de Romilly et J.P. Vernant contactés dès son entrée en fonction . Mais après les déclarations de principe , sont venues les vacances et à la rentrée 2000-2001 , les dégâts programmés par le ministre précédent se sont simplement confirmés , même si certaines fermetures ont été reconsidérées. En effet, une circulaire ministérielle recommandait une certaine souplesse et la reconsidération de l’enseignement des L.A. Mais elle n’a pas été généralement appliquée . Dès cette rentrée 2000, on a commencé à déplorer la réduction du nombre de Classes de Première L et l’effondrement prévisible de cette filière littéraire tant promise , en même temps que se dessinait une forte contestation au sujet des nouvelles épreuves de français au Baccalauréat et de la mise en place des TPE .
Il a fallu attendre le printemps 2001, pour que des contacts soient repris . :en octobre 2001 , J. Lang a organisé avec l’appui du Président de l’APLAES, J. Jouanna,, le Colloque de la Sorbonne, puis l’I.Générale, avec le soutien de H. Wissmann a organisé le Séminaire des LA. de Janvier 2002 . Même si ces deux manifestations ont remis les L.A à l’ordre du jour et ont témoigné de l’intérêt réel du ministre pour ces disciplines, et toutes les productions auxquelles elles donnèrentlieu (La CNARELA fut très active et très présente lors de ces 2 manifestations ), même si la qualité des savoirs transmis y fut reconnue, les conditions de survie de cet enseignement et en particulier la situation dans les lycées ne se sont guère améliorées : la marginalisation des L.A. est bien ancrée dans certains esprits (celui de certains I.A qui annoncent la fin prochaine du grec ) et plus gravement dans celui des élèves qui ne trouvent plus la garantie de la continuité et de la valorisation de leurs efforts dans un choix constamment remis en question .( p.ex : dans le rapport Belloubet qui s’interroge sur le devenir de la filière littéraire, et la place des L.A.dans un nouveau schéma ) Il n’y a pas eu de volonté politique de remettre en question ce qui avait été si laborieusement établi dans la cadre de la Réforme des Lycées; les 2 ans de ministère Lang, moins agressifs ont permis de rester en roue libre avec une régulière dégradation de la filière littéraire et de l’enseignement du Latin, malgré quelques aménagements : la rédaction d’une plaquette, destinée à être distribuée en 3° , au moment de l’orientation , pour encourager les élèves à garder une option L.A dans le second cycle , est sortie avec quelque retard et sa diffusion fut pour le moins inégale si ce n’est clandestine )
Avec le changement de gouvernement en mai 2002, nous avons de nouveau changé de référents , même si certains interlocuteurs comme ceux de l’I.G.EN ou de la DESCO restent les mêmes. Le flou fut entretenu par M. Nembrini , désigné par M. Darcos pour être notre interlocuteur et les premières réponses précises que nous avons reçues à propos du sort et de l’évolution de nos disciplines furent données par le courrier de A. Armand IGEN à MH. Menaut , à la veille des journées d’octobre à Aix puis lors de l’entrevue du mos de novembre . Entre-temps , nous avons pu constater que la valorisation des TPE au Bac. venait à nouveau porter un coup bas aux options ,par le jeu injuste des coefficients et de la durée d’investissement. Alertée par la CNARELA des dégâts que provoquait cette valorisation , A. Armand s’est ravisée et n’a pas apprécié la motion que la CNARELA avait élaborée à ce sujet lors des journées d’Octobre à Aix. On sait cependant combien cette mesure a encore réduit le nombre de candidats de L.A au Bac, non seulement dans les sections scientifiques mais dans ce qui restait de littéraires . En même temps, le secret et l’incertitude qui entourent les concours de recrutement, en particulier le Capes de Lettres classiques, le maintien de l’enseignement du grec et les modifications de programmes aux concours des grandes écoles nous font craindre une nouvelle attaque , évidemment justifiée par le ministère par la crise économique et par la baisse des effectifs.
Les statistiques et l’évolution des effectifs , tels qu’ils nous ont été communiqués par le ministère apportent des preuves supplémentaires à ma démonstration que cette baisse est fabriquée et programmée par l’institution .
1) en mars 1998, pour mon exposé sur la situation des L.A. Table Ronde de Limoges ,j’avais signalé (et cela fut repris dans le C.R officiel de Mme Pauliat , )
à la rentrée 1997 , il y avait 600.00 latinistes en Lycée et Collège et 40.000 hellénistes .
à la rentrée 1999, il reste 584.506 latinistes et 27.577 hellénistes .
à la rentrée 2002 , il ne reste plus que 535. 243 latinistes mais 30516 hellénistes .
Il faut noter que le pourcentage des latinistes en collège est 4 fois plus élevé (472.829) que celui du lycée(62.414) alors qu’en grec , les effectifs tendraient à se renforcer (17794/12722)
En collège, les effectifs se maintiennent en latin avec 20% de élèves étudiant le latin; le grec connaît même une progression depuis 2001: passant de 2% à la rentrée 2000 à 2,3% à la rentrée 2003 et à plus de 2,4% à la rentrée 2002 ( + 1229 élèves).
En lycée, la situation est plus précaire , puisqu' entre 1999 et la rentrée 2003, les latinistes ont chuté de 6,4% à moins de 5,8% ( -4306 à la rentrée 2002); les hellénistes se maintiennent à 1, 1 %( + 1000 à la rentrée 2002).
2) Ceci prouve bien que les mesures prises à l’occasion de la Réforme Allègre , avant même qu’elle ne soit officielle ont été assez dévastatrices pour que l’effet soit encore sensible jusqu’en 2002 . Réseau démantelé , marginalisation effective , dans les esprits et dans les structures . .
3) Cependant , nous ne nous sommes pas laissé assassiner complètement , et nos combats opiniâtres pour des disciplines que nous voulons transmettre valent la peine d’être menés .
Par ailleurs il faut noter le remontée du grec , ce qui prouve que malgré toutes les entraves , les hellénistes font de vrais choix et ne sont pas vraiment des dilettantes , y compris et surtout dans les filières scientifiques , comme on le voit dans les statistiques affinées .
En effet , pour ne prendre que les chiffres de 2002, , il y a en 1° L 5225 latinistes , et 1456 hellénistes , alors qu’en première S , il reste 10.980 latinistes et 2053 hellénistes (avec une perte de 13.000 latinistes entre la Seconde et la Première et une perte de 2500 hellénistes dans le même temps ) ce qui à mon sens montre bien le dépérissement annoncé et organisé de la filière L et son manque d’attractivité et de spécificité , d’autant plus que le phénomène déjà amorcé en Terminale , n’est pas encore aussi marqué qu’en première. Cet effondrement n’est-il vraiment dû qu’au manque d’intérêt que suscite l’enseignement des L.A. ?
Pour conclure mon exposé critique , fondé sur la mémoire et l’action de la CNARELA , je voudrais citer un extrait de l’article que M. Casevitz avait envoyé au Monde , en juillet 1998, à la suite de l’article de M Delberghe , commentant la rencontre de Sienne et dénonçant le raisonnement sophistique du ministère. Cet article ne fut jamais publié .
« Les mauvais médecins tuent le malade , dont la mort prouve que la maladie était mortelle . On épargne juste quelques malades dont la survie prouve la pureté des intentions du médecin qui a essayé des remèdes. En vérité, la volonté de Diafoirus , en l’occurrence , est de décréter la mort du Grec ; le décret une fois appliqué (c’est-à-dire une fois qu’il aura été démontré qu’il n’y a plus de place dans l’enseignement pour le grec) on créera quelques emplacements réservés (des réserves pour Indiens , des espaces pour Romanichels ) réservés à l’étude des Langues devenues enfin mortes, à l’élevage et à la culture de quelques fossiles, monuments de la culture gréco-latine. L’héritage sera sous verrière aseptique . et la société pourra( enfin !) se développer sans être entravée par le boulet des humanités ».
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CONTRIBUTION A LA REFLEXION SUR L’ETAT DES LANGUES ANCIENNES
Analyse historique des actions de la CNARELA de 1991 à 2002
Pour réagir face aux rumeurs qu’on fait courir, et aux discours culpabilisants ("s’il n’y a plus d’élèves en L. A. , c’est que vous ne savez pas les intéresser …") , ou bien modernistes ("il faut accepter les évolutions et les changements de mentalité" ), je voudrais contribuer à l’analyse des causes de la chute des effectifs en L.A. , au collège et au lycée . Je me fonderai sur les actions auxquelles j’ai participé pendant plus de 10 ans au sein de la CNARELA, et comme membre du GDT Français-Langues Anciennes à partir de 1991 , chargé d’élaborer les Programmes de L.A d’abord au lycée (sous la présidence de B .Combettes ) puis au Collège ( sous la présidence de A. Viala ).
J’associe ces 2 activités parce que les menaces qui ont pesé sur la survie des L.A dans l’enseignement secondaire et supérieur nous ont engagés à réfléchir sur les finalités de ces disciplines , sur leur place dans le cursus scolaire , à redéfinir leurs contenus et leur pédagogie (c.f . le Manifeste de la CNARELA ) avant même que la question ne soit posée au GTD et par le Ministère .
Remarques préliminaires
1) Ces menaces ne se limitent pas au système français, elles touchent à des degrés divers tous les pays européens , parce que les L.A entrent en concurrence avec des disciplines plus immédiatement « rentables » , les nouvelles technologies , et les Langues Vivantes nécessaires à la communication dans un espace de plus en plus ouvert .
Sans remonter trop loin , il faut cependant rappeler que dès septembre 1991 , lors du Colloque international de Nîmes Antiquité et Image , tous les enseignants de L.A. européens qui venaient de se fédérer dans la structure d’Euroclassica ont constaté les restrictions qui touchaient ou menaçaient leurs disciplines . En octobre 2001, lors du Colloque organisé à la Sorbonne , les intervenants Belges, Italiens, Allemands et Anglais n’ont fait que confirmer une dégradation annoncée 10 ans plus tôt , et cela malgré les efforts d’adaptation , de transformation fournis , qui se sont heurtés la plupart du temps à des plans de « rénovation » et de restrictions budgétaires traduisant des choix politiques ou idéologiques .
2) Dans le système scolaire français , la principale cause de la fragilisation de l’enseignement des L.A. vient de son changement de statut : d'obligatoire ou nécessaire dans certaines filières, aussi bien au niveau secondaire qu’au niveau supérieur, il est devenu optionnel en 1991 dans le cadre de la Réforme Jospin , qui dès son annonce, a été mise en route , sans jamais être légitimée par un vote au Parlement . (cf. notre campagne de pétitions ) C’est à partir de ce moment qu’on a assisté à la première grande hémorragie en L.A (elles ont perdu jusqu’à 50% des effectifs au lycée ) . Outre leur délégitimation aux yeux des élèves et des parents , la déréglementation de certaines sections de L.A. au gré des DHG, des seuils fixés arbitrairement par certains I.A. ont entraîné le risque de la discontinuité . Dans certaines académies on a pu constater l’anéantissement du réseau qui existait 5 ou 3 ans auparavant encore , grâce au zèle de certains I.A , IPR et chefs d’établissement . Même lorsqu’on a « laissé émerger les demandes », comme le suggérait M. Dacunha-Castelle en 1999 encore, celles-ci étaient rapidement « traitées », et nous savons, combien le traitement des effectifs a fait l’objet de manipulations indignes , au gré des sensibilités ou des références culturelles de ceux qui exerçaient le pouvoir de décision , supprimant du même coup la garantie d’une égalité d’accès à la formation générale, dans le cadre de l’école républicaine
3). Ces mesures se sont également traduites par une marginalisation sournoise mais efficace dans 2 secteurs : les CRDP et les IUFM
-Certaines personnes se sont étonnées récemment de ne pas trouver de traces de publications au sujet des L.A. dans les CRDP . Faut-il rappeler qu’un certain nombre d’ARELAS ont débuté en collaborant étroitement avec les CRDP et les Musées archéologiques (Lyon, Rouen, Strasbourg ) et qu’on a longtemps trouvé dans les vitrines des salles de vente des CRDP les nombreuses publications locales et nationales consacrées aux langues et aux civilisations antiques . Malheureusement, de même qu’on a démantelé les MAFPEN , dont les stages aboutissaient souvent à des publications collectives , on a « réorganisé » les CRDP, dans une perspective de rentabilisation et on a resserré le champ des publications sur ce qui était le terrain propice à la marchandisation immédiate du savoir . Certains directeurs de CRDP, enthousiasmés par les nouvelles technologies, sont allés jusqu’à supprimer tous les documents sur support papier au grand dam de leurs successeurs. Cette politique était incompatible avec la diffusion des publications des associations membres de la CNARELA et explique le vide partiellement laissé par l’éviction de nos publications . Cependant, la situation actuelle mérite d’être réexaminée et améliorée .
-La place des L.A à l’IUFM dans la formation des professeurs de Lettres, et plus particulièrement de celle des professeurs de Lettres Classiques, a été très disparate selon les académies : elle dépendait trop souvent du bon vouloir des responsables , des IPR et de la présence entreprenante de formateurs .
Mais dans la plupart des cas, elle a été réduite à la portion congrue d'1/2 journée par trimestre au mieux, réduction que l’on a justifié par des urgences pédagogiques circonstancielles (formation à la citoyenneté etc ) .La marginalisation de L.A. en IUFM, que la CNARELA a déjà dénoncée souvent , est devenue si criante qu’elle a fait l’objet du dernier point de la motion , votée à l’unanimité lors de d’A.G du 15 mai 2003 : les associations membres de la CNARELA) « demandent instamment que soit organisée dans les IUFM une formation disciplinaire en latin et en grec en liaison avec l’enseignement du français, ainsi qu’un plan de formation continue dans l’ensemble des académies »
Situation au COLLEGE
Je voudrais examiner d’abord la situation des L.A au Collège et répondre aux déclarations d' Anne Armand faites lors du Café pédagogique du 1° Février 2003 : « notre obligation de réflexion tient aux chiffres des effectifs : quand on perd plus de 60% des effectifs entre la 5° et la 3° , c’est que l’enseignement ne convient pas aux élèves, ne les intéresse pas , au profit d’autres qui les intéressent plus. Je ne crois pas qu’un élève d’aujourd’hui s’intéresse à des apprentissages purement linguistiques. D’un autre côté , je ne crois pas non plus qu’on puisse l’intéresser longtemps avec des exposés sur des questions de civilisation »
1 - Situation du Latin -
Quand dans le cadre de la Réforme Bayrou , (à laquelle ont activement contribué X. Darcos, , son directeur de Cabinet , et A. Boissinot , Directeur de la DESCO ), le Collège a été découpé en 3 cycles , des Groupes de Travail Disciplinaires ont élaboré de nouveaux programmes , en tenant compte des objectifs et des finalités de chacune des disciplines , de leur rapport à d’autres disciplines (nous avons bien travaillé non seulement avec les spécialistes du Français mais aussi avec les Historiens , en particulier à propos du programme de 6° ) et des contingents horaires . C’est ainsi que nous avons pu clarifier le statut du Latin en 5° qui donnait lieu auparavant à des heures d’initiation , plus ou moins fécondes , et proposer dans le cadre de 2H hebdomadaires une véritable initiation , alliant la découverte d’un système linguistique à celle d’une civilisation patrimoniale , à laquelle les apprentissages en 6° , en français et en histoire avaient sensibilisé les élèves . Ce n’était plus la décision (forcément élitiste ) des parents mais l’intérêt des élèves qui était privilégié . Encore fallait-il que les contenus proposés en 5° ne déçoivent pas les jeunes élèves qui avaient fait le choix de cette option . et Anne Armand sait, parce qu’elle y a participé , avec quelles précautions le GTD L.A a proposé des apprentissages équilibrés et adaptés à ces jeunes débutants . Le projet élaboré par le GTD a été soumis à la critique des usagers dans une consultation démocratique :les remarques et les corrections suggérées ont été prises en compte dans la rédaction définitive .
C’est selon la même méthode et dans la même perspective qu’a été élaborée la suite du programme de Latin du cycle central . Les propositions présentées dans ces nouveaux programmes et complétées par des documents d’accompagnement ont donné lieu d’une part à des journées de formation qui furent le lieu de débats , de propositions et d’initiatives locales très fécondes dans la plupart des académies et d’autre part à des publications (p. ex Textes simplifiés par l’ARELABOR ) et à de nouveaux manuels : tout ce foisonnement d’idées et de productions démontrait que du côté des enseignants , nous étions prêts à remettre en question les contenus et la pédagogie de cette discipline tombée en disgrâce (elle avait complètement disparu d’un projet de réforme du Collège de 1994) à laquelle on redonnait une chance d’exister. A. Boissinot avait prédit à Montlignon en septembre 1996 « que les langues n’existeraient qu’en innovant »
La réponse des enseignants a été convaincante .
La réponse des élèves a été dans l’ensemble à la hauteur de l’offre ( dans la mesure où l’offre a été faite) et après une année « expérimentale », les premières statistiques nationales ont montré que plus de 30% des élèves de 5° avaient choisi l’option latin, ce qui prouve que c’est la volonté politique et non le choix des parents qui conditionne succès ou la mise à mort d’une discipline . La publication au B.O de Mai 96 des textes cadrant cette implantation et l’injection de 10.000 heures pour permettre la réussite de cette implantation ont accompagné les efforts de tous ( bien que ces heures aient parfois été détournées ). La publication du B.O. du 30 janvier 1997 , définissant le contingent horaire pour le cycle central et le cycle d’orientation en latin et en grec , a donné toute sa cohérence et sa légitimité à cet enseignement . .
Aujourd’hui encore , dans certaines académies , le latin se porte assez bien au collège , à ce niveau , bien que les structures de la Réforme Bayrou aient été supprimées et que tous les obstacles pour saboter le succès de cette mesure aient été imaginés.
Voici quelques faits bien établis qui expliquent le rétrécissement des effectifs de L.A. entre la 5° et la 3°; ils sont dus à l’Institution et non aux enseignants et à une pédagogie prétendument inadaptée ou à des contenus « ringards ».
-incompatibilité de ce choix d’option avec les classes « européennes » (certains chefs d’établissement n’ont pas hésité à faire irruption dans les cours de latin pour recruter les futurs élèves de 4° pour les classes européennes :dans l’Académie de Strasbourg on a noté des chutes d’effectifs de 50% entre la 5°et la 4° , sans vouloir analyser et reconnaître les causes du phénomène qui avaient été fabriquées par la maison-mère elle-même . Le Recteur Debenne m’en a donné acte publiquement en 1999). Mais l’Académie de Strasbourg n’a pas été la seule à connaître ces dysfonctionnements .
-les cours de latin étaient relégués à des heures dissuasives (8° heure de cours , en fin d’après-midi pour insister sur la surcharge de travail , ou au milieu d’une matinée de mercredi , pour faire payer ) et devenaient ingérables dans des collèges semi-ruraux ou ruraux , à cause du ramassage scolaire .
-l’interprétation ambiguë de certaines circulaires de la DESCO a permis à des élèves de quitter cette option , à la demande des parents et non des professeurs qui pouvaient effectivement constater dans certains cas l’échec ou les difficultés de tel ou tel élève : ce qui était de l’ordre de 2 à 3 cas minimum par classe devint vite un moyen pour certains de sanctionner un enseignement qui requérait un peu de rigueur et de régularité dans les apprentissages .On est allé dans la démagogie jusqu’ à produire des certificats médicaux pour protéger les pauvres petits !Ces mesures ont contribué à fragiliser et à marginaliser nos disciplines : on s’y inscrivait, on y faisait un petit tour et on s’en allait dès qu’on en avait envie ! et avec la bénédiction de l’administration et la complicité de certains collègues de L.V .
-la réduction de la « pléthore » des sections de latinistes en 5°, sur lesquelles reposaient tout le recrutement ultérieur , compte tenu des défections plus ou moins organisées ,a fait le reste . Dans certains collèges on a constaté que 2 sections de 25 élèves se sont réduites l’année suivante en 1 section de 30 élèves (soient en 20 élèves en moins ); qu’en fait un numerus clausus avait ainsi été instauré, à la suite de l’intervention de l’I.A. , et ceci malgré les propositions du Principal , du C.A du Collège et d’une équipe dynamique et motivée . Même dans les établissements privés sous contrat , où le latin se portait encore assez bien , on a enregistré une chute des effectifs significative et telle que les statistiques ont fait apparaître une inversion du rapport public/privé , comme l’a relevé A. Henry , IGEN , lors du Congrès de l’APLAES à Nancy en juin 2001 .
–la résistance restant trop forte et organisée (intervention des Profs de LA en 6°, rédaction d’argumentaires , intérêt manifeste des élèves fidélisés pour les nouveaux programmes et un enseignement rénové et dynamisé dans ses contenus et sa pédagogie –nous n’avons pas à avoir honte ) le ministère a choisi comme cible pour sa flèche du Parthe l’évaluation des L.A au Brevet des Collèges. Plus d’un quart des élèves de 3° des Collèges qui étudiaient depuis 3 ans une langue et des civilisations anciennes ont appris , en cours de cursus , que par l’arrêté du 18 août 1999, le latin et le grec étaient les seules disciplines exclues du contrôle continu du Brevet des Collèges, au mépris du travail qu’ils avaient fourni et de l’engagement de leurs professeurs . Les justifications embarrassées, les tergiversations et les oppositions évidentes au rétablissement de ce contrôle, ainsi que certaines promesses mensongères, produisirent largement leurs effets mortifères avant que ne soit discrètement rétablie 18 mois après , une apparence d’évaluation : en effet , comment les faire figurer dans des formulaires préétablis , d’où elles ont été définitivement éliminées ? De plus, l’onde de choc de cette mesure s’est prolongée dans le second cycle, puisqu’elle a décrédibilisé le choix d’une option L.A. en 2° , en même temps d’ailleurs que l’on supprimait la possibilité de présenter 2 options facultatives au Baccalauréat .
Comment ne pas s’étonner qu’après ce travail de sape, sournois et officiel , accompagné d’annonces de fermetures ou de maintien conditionnel de sections de latin selon des seuils de plus en plus exigeants , et dans le cadre restructuré de « bassins » mal définis , on puisse encore enregistrer au Collège 472829 élèves en 2002/2003 en latin , + 17797 en Grec, soit 22,5% (le latin est en légère baisse depuis 1999, le grec est en hausse ) ?.
N.B. Nous apprenons en dernière minute que certains chefs d’établissement , après avoir réduit l’horaire des L.A. à 2h en 4° et 3° , assimilent cet enseignement aux IDD, réalisant ainsi les craintes exprimées par certains d’entre nous (ARDELAC) de voir pervertie dans la pratique une initiative qui devait être favorable , aux yeux de J. Lang , à la revalorisation des L.A . C’est aussi l’éternel débat sur les cours de civilisation, et la non –reconnaissance de la spécificité de notre enseignement .
2-Situation du Grec
L’introduction du Grec au collège au niveau de la 3° a été l’objet de nombreuses concertations :
elle s’opposait à la suppression pure et simple du grec au Collège ; après un débat intense à la CNARELA à l’A.G de mai 1995 ) nous avons fait le pari que le maintien du grec en 3° permettait d’assurer son maintien en 2° et dans le second cycle ( aujourd’hui encore son élimination progressive du cursus scolaire remet par contrecoup en question la formation des enseignants de Lettres classiques, le contenu des concours de recrutement et marginalise cette discipline à l’Université ). Nous avons d’ailleurs réussi à persuader nos collègues du Supérieur et de l’APLAES de l’intérêt du combat commun à mener pour le grec, et nous avons toujours maintenu ce cap , avec la soutien de J. de Romilly, de J.P. Vernant et de tous les hellénistes qui en avaient saisi l’enjeu , à l’Inspection Générale (J.P. Weil, A. Henry ) et à l’Université .
Lors de la journée de Concertation organisée par le Ministère , à Limoges, le 1° avril 1998 , ce consensus à propos du gre , fortement exprimé grâce à la présidence de J.P. Vernant a impressionné , même les observateurs diligentés par Allègre et Mérieu et a réussi à ébranler leurs a priori . Il est regrettable de constater que les responsables actuels du ministère , tous pétris de latin et de grec, soient les premiers à vouloir remettre en question la place du grec . Serait-ce parce que cette langue est celle de la démarche heuristique , du débat critique , et de la maïeutique que l’on se heurte à un tel rejet ?
Quoi qu’il en soit , cette implantation du grec en 3° , figurant officiellement au B.O du 30 janvier 97 , et reprécisée au B.O du 6 mars 97 , pour lequel nous avons reçu officiellement commande , au GTD , d’établir un programme et des Documents d’accompagnements a été arrachée de haute lutte ( les courriers échangés et les interventions auprès du cabinet du ministre l’attestent ) et tous les moyens ont été bons, y compris au sein du GTD lui-même pour tuer nos efforts . Il y eut même une tentative du ministre C. Allègre en novembre 98, pour faire passer le grec à la trappe , sous prétexte qu’il n’y avait plus de bons hellénistes pour l’enseigner .
.Dans les établissements , les propositions d’implantation furent nombreuses (j’en avais fait le recensement grâce à la collaboration de nombreuses ARELAS et j’en avais même transmis la liste à la DESCO à D. Raulin ) A la rentrée 1998, on a noté une augmentation des effectifs en grec de 60 à 70% . Mais on y mit rapidement le hola , à coups de seuils si exigeants et disproportionnés (20, pour un collège semi-rural de 450 élèves !) que certains I.A (eux-mêmes agrégés de L. Classiques ) ont pu assurer à des principaux de bonne volonté que la question du grec n’était dorénavant plus à l’ordre du jour . Opération réussie dans l’Académie de Strasbourg où sur les 1I sections qui existaient en 98/99 (10 dans le Bas-Rhin) il n’en subsiste que5 (1 dans le Haut-Rhin, 4 dans le Bas-Rhin ) avec des refus non justifiés d'ouverture ou de réouverture . Néanmoins, dans certaines académies , où les efforts des enseignants sont respectés et soutenus par les IPR (Seine Saint-Denis , ou Bordeaux ou Besançon ) les effectifs prouvent que le grec suscite toujours le même intérêt , puisque sur les 2% d’Hellénistes de 3° , 1,1% le poursuivent en 2°, et que les statistiques montrent une augmentation régulière des pourcentages d’hellénistes .
Au LYCEE
Si on observe cette période de 10 ans , de 1991 à 2002 il faut rappeler d’abord qu’elle s’ouvre sur un immense « gâchis » (pour reprendre le terme de B.Poirot Delpech dénonçant dans un article paru dans Le Monde en décembre 91 les risques que cette réforme faisaient peser sur les Humanités ) pour tout l’enseignement littéraire, tel qu’il était conçu dans ce projet de « Rénovation du Lycée »
Les grandes lignes de ce projet furent présentées lors d’une conférence de presse de L..Jospin , (alors ministre de l’Education Nationale ) le 25 Juin 1991, veille des vacances ( !), mais le texte officiel ne parut que 7 mois après , au B.O du 23 janvier 92 . Alors que les demandes d’audience et d’explication de la CNARELA restaient désespérément sans réponse , et que les syndicats évaluaient les dégâts engendrés par certaines mesures, des Missi Dominici , du Cabinet de Jospin , diffusaient dans les Rectorats les interprétations officielles, anticipées, donc abusives qui plombaient en particulier l’avenir des L.A et tout choix possible .Ainsi a-t-on vu à ce moment-là des I.A zélés se réjouir de « l’éradication prochaine des L.A. »tandis que A. Legrand regrettait de sacrifier « ce supplément d’âme »(les Humanités ) au nom du PIB de la France de 1991 ! Ainsi a t-on vu les brochures de l’ONISEP confirmer la marginalisation programmée des L.A , dès janvier 92 , en reléguant nos disciplines à l’avant dernier rang des options (après le chinois mais avant l’hébreu , pour le réserver à de futurs philosophes .
D’ailleurs nos craintes se sont avérées : le jeu des options limitées à 2 (LV2 + IES ), et l’accès interdit aux LA pour les filières scientifique et économique ont fait perdre en 2 ans plus de 60.000 élèves en latin et grec , et parmi eux les meilleurs des sections scientifiques. Une circulaire de cadrage des options, qui n’avait pas à être publiée au B.O a encore aggravé le pouvoir de nuisance et d’éradication des L.A par le jeu des options, puisqu’elle réduisait l’accès aux options à plus de la moitié des élèves, en prônant « zéro option » pour plus de 50% d’entre eux. Les protestations nombreuses et publiques d’intellectuels (C. Hagège , B. Poirot Delpech ) et de politiques (même Mitterrand ), de syndicats d’enseignants , des campagnes de pétitions ont provoqué des promesses d’amendement par .exemple celle d’une filière littéraire revalorisée, sans définition précise. Cependant, répondant à la commande du CNP , et appuyées par B. Combettes , président du GTD , nous avons rédigé , Odile Mortier-Waldschmidt et moi un programme de L.A pour le lycée, nous fondant sur un travail collectif de la C.NARELA ; nous l’ avons soumis à F. Colmez en mars 1992 . Ce programme n’a jamais vu le jour !
Des aménagements apportés par J. Lang , successeur de Jospin démissionné en avril 92, ont permis de desserrer momentanément le carcan : une circulaire aux recteurs , signée par Forestier, rétablissait la 3° option L.A. pour les scientifiques et la prenait en compte au Baccalauréat .
Mais je persiste à dire aujourd’hui que sans l’arrivée d’un nouveau ministre , F. Bayrou , l’enseignement des L.A. aurait disparu , à tous les niveaux , d’autant plus que les projets de Rénovation et d’éradication des L.A visaient aussi les Classes préparatoires, et les DEUG littéraires .
Malgré cette embellie , et même si certains aménagements furent apportées en particulier pour le passage en 2° , à savoir la prise en compte d’une option L.A. dans les filières scientifique et économique , et la modification du discours de l’ONISEP et des CIO, le mal était fait et nous avons porté nos efforts sur les adaptations nécessaires à cette nouvelle donne. La CNARELA a surtout contribué à la revalorisation des compétences en L.A. , en contribuant à l’élaboration de nouvelles épreuves au Baccalauréat : redéfinition de l’épreuve écrite reposant sur le choix d’œuvres mises au programme en latin et en grec pour assurer l’égalité de la formation et de l’évaluation , redéfinition aussi de l’épreuve orale . Accréditée par d’honnêtes coefficients à l’examen, cette nouvelle formule des épreuves de L.A. au Bac a redynamisé notre enseignement et les statistiques ont montré que dès la 2° année de fonctionnement , le nombre de candidats qui était tombé à 4 ou 5 dans certaines académies , a été multiplié par 10 . et parfois plus encore. De plus, la moyenne nationale des notes s’est considérablement élevée (14 en latin , 12,5 en grec ) , résultat d’un travail suivi des élèves et des enseignants. Les statistiques de l’Académie de Besançon des années 96 et 97 montrent la floraison des candidats , en section littéraire à l’écrit, en section scientifique à l’oral . Même si des aménagements ont été nécessaires par la suite, à l’usage , même si des dérives de bachotages ont été regrettables, il n’en reste pas moins vrai que ce chantier aussi a montré que lorsque la volonté politique permet l’existence de cet enseignement des L.A. :
non seulement il ne s’effondre pas, mais il s’affirme par sa qualité et les effectifs qu’il rassemble .
Malheureusement l’embellie s’est achevée en juin 97 avec l’arrivée de Claude Allègre, conseiller occulte de Jospin de 89 à 92 au Ministère de l’E.N .
Le même scénario qu’en 1991 a été rejoué , avec plus de brutalité , même si certaines consultations avaient une apparence démocratique. On a vu réapparaître les mêmes attaques idéologiques : L.A =enseignement élitiste , bourgeois , des disciplines ennuyeuses, coûteuses , pour des effectifs restreints , au détriment des élèves en difficulté, laissés pour compte , sans parler des attaques plus générales d’incompétence ou de manque de performance (cf .la réaction de Dacunha-Castelle le 16 décembre 97, prétendant que les hellénistes issus du secondaire étaient nuls , selon les dires des universitaires qui les accueillaient ). A celles-ci se sont ajoutées toutes les attaques de type institutionnel : réduction à 1 option à l’entrée en 2° sous prétexte de dégager les moyens d ‘assurer un soutien à une minorité en difficulté; c’était en fait une redéfinition d’un tronc commun minimal , alors que les lycéens consultés d’abord par écrit et manifestant ensuite dans la rue, réclamaient le maintien des options . En resserrant l’horaire global à 27h et demie, avec la complicité des parents abusés, on a encore réduit toute place possible pour des disciplines déjà largement marginalisées. Enfin, la suppression de la 3° option au Bac, celle qui avait été rétablie par J. Lang en 1993 figura au B.O. du 16 /10 /97 (i.e. , en cours d’année), de façon à passer pratiquement inaperçue (au milieu des dates de vacances scolaires ) fut annoncée par des chefs d’établissement vigilants ou zélés. Elle eut pour conséquence immédiate de vider les sections de L.A. en Terminale , car elle touchait plus particulièrement les élèves issus des filières scientifiques et économiques qui étaient loin d’être des dilettantes comme on l’a prétendu . Cette mesure compromettait en même temps la poursuite de l’étude de ces disciplines dès la 2° .
En tous cas , avant même que la nouvelle réforme ne fût mise en place, on avait pris les mesures nécessaires , pour étrangler nos disciplines , à l’entrée, en 2° , en jouant sur le volant des option, et à la sortie, au moment de la valorisation par l’évaluation finale. Nos protestations écrites et les pétitions des élèves n’ont jamais eu un début de réponse .
. Enfin la consultation des Lycéens sur la diffusion des savoirs , les Tables rondes disciplinaires (celle des L.A. eut lieu à Limoges le 1° avril 1998 ) aboutirent au grand Colloque de Saint- Fons d’où devait sortir La Charte de la Réforme des Lycées et dont les conclusions furent de mauvaise augure (l’oubli d’évoquer les L.A ne fut « réparé » qu’après mon intervention ;elles ne furent mentionnées qu’au détour d ‘une allusion aux options envisageables dans le Projet ministériel daté du 1 juillet 1998 : l’Enseignement dans les Lycées .
- Le point 5 de ce .Projet, préludant à La Charte, limitait à 2H une seule option en 2° (bien que « le lycée soit le cycle de la diversification »)
- d’autre part ,au point 6 dans le cadre des enseignements littéraires « qui devront s’appuyer sur la culture de base qui constitue le fondement de notre héritage européen », aucune mention n’était faite de nos disciplines .
-Madame Pauliat, IPRIA à Limoges avait établi le rapport de la Table Ronde de Limoges, consacrée aux L.A. ,au cours de laquelle avaient été énoncés les principes d’un enseignement humaniste auquel participaient le Grec et le Latin. Nous avions transmis , J.P. Vernant et la CNARELA, ce rapport fin juin au cabinet du Ministre , à Madame Catherine Bizot ,qui participait à la rencontre de Sienne (pour renforcer notre audience , nous l’avions également transmis à André Vauchez, directeur de l’Ecole Française à Rome et membre de la délégation française ). Or, nous avons retrouvé des phrases entières de ce rapport dans le texte de la déclaration de Sienne , contresignée le 2 juillet 1998 par les ministres français et italien . Malheureusement les commentaires bien informés du Monde , sur les restrictions d’interprétation aussitôt apportées par C.Allègre furent confirmées par la suite , lors de l’ entrevue que l’un des conseillers (M. Oriano) accorda à la CNARELA, à l’APLAES et S.E.L. Il fut incapable d’apporter des précisions sur les intentions du Ministre , dans la mise en application de principes publiquement et internationalement affirmés, et de dire quelles initiatives étaient prises « destinées à poursuivre et encourager l’enseignement et l’apprentissage des disciplines qui maintiennent en vie l’héritage de notre tradition « après avoir réaffirmé les valeurs communes qui leur viennent de l'Antiquité grecque et latine » . Il justifia cependant la réduction à 2h l’unique option tolérée en 2nde, avança qu’on pouvait envisager l’éventualité d’une option artistique à l’agrégation de Lettres et concéda qu’on pouvait envisager une place aux L.A dans une filière Littéraire , mais que rien n’était décidé , en dépit des promesses réitérées aux parlementaires plaidant auprès du ministre la cause des L.A.
La rentrée 98 , avec son flot de suppression de postes en Lettres Classiques, de fermetures de sections , de mesures qui anticipaient la réforme annoncée (réduction « assassine » de la DHG en Lettres Supérieures qui affecte nos disciplines , réduction de postes aux concours ) comme cela avait déjà été fait en 91 préludait à des tensions de plus en plus grandes (cf. toutes les motions que nous avons élaborées à l’AG d’octobre 98, toutes les démarches que nous avons faites auprès des politiques, lettres aux députés et sénateurs qui recevaient presque toujours les mêmes réponses , mais qui ont fini par exaspérer le ministre régulièrement interpellé , au point que Jospin lui-même a dû intervenir pour faire taire la grogne parlementaire , même dans les rangs de la majorité socialiste .) Avant même que ne soit publiée la Charte (elle devait être soumise au C.S.E le 18 Février1999, mais son report au 4 mars montrait bien les réticences de la majorité des membres du CSE, ), on pouvait craindre le pire, à partir de fuites organisées dans la Presse . Dans un article qui ne fut publié que le 20 février 1999, dans Le Monde par J de Romilly et J.P. Vernant , intitulé « Contre la mort programmée des études classiques », les deux hellénistes dénonçaient la désinformation et les tentatives de dissuasion « depuis un an, les menaces de réforme ne cessent d’être annoncées sous formes de vraies nouvelles ou de fausses nouvelles, jamais démenties et ne comportant aucune mise au point ….depuis un an ces rumeurs se multiplient dans les diverses académies et il est difficile de les attribuer simplement au hasard « dans le même article ils affirmaient aussi « Il est faux de dire que la demande est insuffisante : la vérité est que l’on paralyse cette demande en multipliant les obstacles de toute sorte . «
Avec la publication des grilles horaires des classes de Seconde, de Premiere et de Terminale pour l’année transitoire 1999 et l’année 2000 , commença un nouveau marathon , entre le cabinet d’Allègre , avec Dacunha –Castel , Mme Lang, chargée du dossier L.A d’une part et la CNARELA solidement appuyée par l’APLAES d’autre part. La modification du statut de la LV2, tantôt considérée comme enseignement de détermination en 2° , tantôt option facultative en Terminale , (où seule une option était validée au Bac ) en particulier dans la filière S , créait une rupture et dissuadait les élèves de choisir une option L.A. en 2° .Nous avions obtenu satisfaction pour la filière littéraire classique en Première et Terminale, qui conciliait options, de latin et de grec, mais cette filière n’était viable qu’à condition que l’accès à ces disciplines fût possible dès la 2nde. . Nous avons accueilli le projet avec scepticisme , en considérant d’une part que la réforme dans son ensemble représentait un véritable danger et un affaiblissement programmé de l’enseignement français (réductions horaires , appauvrissement de la formation , incohérences et bricolages de dernière minute) d’autre part parce qu’on étranglait au même moment , dans les Hypokhâgnes et Khâgnes, débouchés naturels d’une filière littéraire , l’enseignement des L.A. .Enfin nous dénoncions le fait qu’avant même le vote de la Charte, les circulaires rectorales,régissant l’ouverture , la fermeture ou le maintien des options étaient parvenues dans les établissements , avec des DHG réduites. Et comme en 1991, on a assisté, par anticipation, dans une guerre préventive, au démantèlement de sections qui avaient survécu ou qui s’étaient reconstituées, selon le critère des seuils mortifères, donc des effectifs probablement insuffisants ,mais qu’on n' a jamais laissé « émerger », comme le suggérait Dacunha-Castel lui-même à cette époque, et au nom d’une redistribution par « bassins » dont la définition a fluctué selon les besoins les interlocuteurs .(Dans l’académie de Nantes , pourtant très active et efficace dans l’enseignement des L.A. , on a vu , grâce au zèle de la rectrice , la suppression d’une vingtaine de sections dans les lycées , en grec surtout , mais aussi en latin , que ce soit à Nantes même ou dans des lycées semi-ruraux ).
Les derniers mois des ministères Allègre/Royal se passèrent dans un climat très tendu , désespéran , où les interlocuteurs se dérobaient, refusaient de justifier leurs promesses non tenues , ramenant toutes les difficultés à maintenir vivantes nos disciplines à l’élitisme, à notre incapacité d’ intéresser les élèves, voire à la nature intrinsèquement désuète de nos disciplines (cf. la dernière entrevue de la CNARELA avec Mme Lang , le 24 février 2000. Cahier de la CNARELAn° 44 , Mars 2000)
Le retour de Jack Lang au ministère de l’E.N après le renvoi du « dream_team » en avril 2000 a été un remake de 93 :venu pour apaiser la grogne des enseignants , il a néanmoins , dès son installation , évoqué la place légitime de l’enseignement des L.A. dans le cursus scolaire français , en se plaçant sur un plan politique et respectant les promesses faites à J. de Romilly et J.P. Vernant contactés dès son entrée en fonction . Mais après les déclarations de principe , sont venues les vacances et à la rentrée 2000-2001 , les dégâts programmés par le ministre précédent se sont simplement confirmés , même si certaines fermetures ont été reconsidérées. En effet, une circulaire ministérielle recommandait une certaine souplesse et la reconsidération de l’enseignement des L.A. Mais elle n’a pas été généralement appliquée . Dès cette rentrée 2000, on a commencé à déplorer la réduction du nombre de Classes de Première L et l’effondrement prévisible de cette filière littéraire tant promise , en même temps que se dessinait une forte contestation au sujet des nouvelles épreuves de français au Baccalauréat et de la mise en place des TPE .
Il a fallu attendre le printemps 2001, pour que des contacts soient repris . :en octobre 2001 , J. Lang a organisé avec l’appui du Président de l’APLAES, J. Jouanna,, le Colloque de la Sorbonne, puis l’I.Générale, avec le soutien de H. Wissmann a organisé le Séminaire des LA. de Janvier 2002 . Même si ces deux manifestations ont remis les L.A à l’ordre du jour et ont témoigné de l’intérêt réel du ministre pour ces disciplines, et toutes les productions auxquelles elles donnèrentlieu (La CNARELA fut très active et très présente lors de ces 2 manifestations ), même si la qualité des savoirs transmis y fut reconnue, les conditions de survie de cet enseignement et en particulier la situation dans les lycées ne se sont guère améliorées : la marginalisation des L.A. est bien ancrée dans certains esprits (celui de certains I.A qui annoncent la fin prochaine du grec ) et plus gravement dans celui des élèves qui ne trouvent plus la garantie de la continuité et de la valorisation de leurs efforts dans un choix constamment remis en question .( p.ex : dans le rapport Belloubet qui s’interroge sur le devenir de la filière littéraire, et la place des L.A.dans un nouveau schéma ) Il n’y a pas eu de volonté politique de remettre en question ce qui avait été si laborieusement établi dans la cadre de la Réforme des Lycées; les 2 ans de ministère Lang, moins agressifs ont permis de rester en roue libre avec une régulière dégradation de la filière littéraire et de l’enseignement du Latin, malgré quelques aménagements : la rédaction d’une plaquette, destinée à être distribuée en 3° , au moment de l’orientation , pour encourager les élèves à garder une option L.A dans le second cycle , est sortie avec quelque retard et sa diffusion fut pour le moins inégale si ce n’est clandestine )
Avec le changement de gouvernement en mai 2002, nous avons de nouveau changé de référents , même si certains interlocuteurs comme ceux de l’I.G.EN ou de la DESCO restent les mêmes. Le flou fut entretenu par M. Nembrini , désigné par M. Darcos pour être notre interlocuteur et les premières réponses précises que nous avons reçues à propos du sort et de l’évolution de nos disciplines furent données par le courrier de A. Armand IGEN à MH. Menaut , à la veille des journées d’octobre à Aix puis lors de l’entrevue du mos de novembre . Entre-temps , nous avons pu constater que la valorisation des TPE au Bac. venait à nouveau porter un coup bas aux options ,par le jeu injuste des coefficients et de la durée d’investissement. Alertée par la CNARELA des dégâts que provoquait cette valorisation , A. Armand s’est ravisée et n’a pas apprécié la motion que la CNARELA avait élaborée à ce sujet lors des journées d’Octobre à Aix. On sait cependant combien cette mesure a encore réduit le nombre de candidats de L.A au Bac, non seulement dans les sections scientifiques mais dans ce qui restait de littéraires . En même temps, le secret et l’incertitude qui entourent les concours de recrutement, en particulier le Capes de Lettres classiques, le maintien de l’enseignement du grec et les modifications de programmes aux concours des grandes écoles nous font craindre une nouvelle attaque , évidemment justifiée par le ministère par la crise économique et par la baisse des effectifs.
Les statistiques et l’évolution des effectifs , tels qu’ils nous ont été communiqués par le ministère apportent des preuves supplémentaires à ma démonstration que cette baisse est fabriquée et programmée par l’institution .
1) en mars 1998, pour mon exposé sur la situation des L.A. Table Ronde de Limoges ,j’avais signalé (et cela fut repris dans le C.R officiel de Mme Pauliat , )
à la rentrée 1997 , il y avait 600.00 latinistes en Lycée et Collège et 40.000 hellénistes .
à la rentrée 1999, il reste 584.506 latinistes et 27.577 hellénistes .
à la rentrée 2002 , il ne reste plus que 535. 243 latinistes mais 30516 hellénistes .
Il faut noter que le pourcentage des latinistes en collège est 4 fois plus élevé (472.829) que celui du lycée(62.414) alors qu’en grec , les effectifs tendraient à se renforcer (17794/12722)
En collège, les effectifs se maintiennent en latin avec 20% de élèves étudiant le latin; le grec connaît même une progression depuis 2001: passant de 2% à la rentrée 2000 à 2,3% à la rentrée 2003 et à plus de 2,4% à la rentrée 2002 ( + 1229 élèves).
En lycée, la situation est plus précaire , puisqu' entre 1999 et la rentrée 2003, les latinistes ont chuté de 6,4% à moins de 5,8% ( -4306 à la rentrée 2002); les hellénistes se maintiennent à 1, 1 %( + 1000 à la rentrée 2002).
2) Ceci prouve bien que les mesures prises à l’occasion de la Réforme Allègre , avant même qu’elle ne soit officielle ont été assez dévastatrices pour que l’effet soit encore sensible jusqu’en 2002 . Réseau démantelé , marginalisation effective , dans les esprits et dans les structures . .
3) Cependant , nous ne nous sommes pas laissé assassiner complètement , et nos combats opiniâtres pour des disciplines que nous voulons transmettre valent la peine d’être menés .
Par ailleurs il faut noter le remontée du grec , ce qui prouve que malgré toutes les entraves , les hellénistes font de vrais choix et ne sont pas vraiment des dilettantes , y compris et surtout dans les filières scientifiques , comme on le voit dans les statistiques affinées .
En effet , pour ne prendre que les chiffres de 2002, , il y a en 1° L 5225 latinistes , et 1456 hellénistes , alors qu’en première S , il reste 10.980 latinistes et 2053 hellénistes (avec une perte de 13.000 latinistes entre la Seconde et la Première et une perte de 2500 hellénistes dans le même temps ) ce qui à mon sens montre bien le dépérissement annoncé et organisé de la filière L et son manque d’attractivité et de spécificité , d’autant plus que le phénomène déjà amorcé en Terminale , n’est pas encore aussi marqué qu’en première. Cet effondrement n’est-il vraiment dû qu’au manque d’intérêt que suscite l’enseignement des L.A. ?
Pour conclure mon exposé critique , fondé sur la mémoire et l’action de la CNARELA , je voudrais citer un extrait de l’article que M. Casevitz avait envoyé au Monde , en juillet 1998, à la suite de l’article de M Delberghe , commentant la rencontre de Sienne et dénonçant le raisonnement sophistique du ministère. Cet article ne fut jamais publié .
« Les mauvais médecins tuent le malade , dont la mort prouve que la maladie était mortelle . On épargne juste quelques malades dont la survie prouve la pureté des intentions du médecin qui a essayé des remèdes. En vérité, la volonté de Diafoirus , en l’occurrence , est de décréter la mort du Grec ; le décret une fois appliqué (c’est-à-dire une fois qu’il aura été démontré qu’il n’y a plus de place dans l’enseignement pour le grec) on créera quelques emplacements réservés (des réserves pour Indiens , des espaces pour Romanichels ) réservés à l’étude des Langues devenues enfin mortes, à l’élevage et à la culture de quelques fossiles, monuments de la culture gréco-latine. L’héritage sera sous verrière aseptique . et la société pourra( enfin !) se développer sans être entravée par le boulet des humanités ».
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